Cour d’appel, le 7 octobre 2025, n°2025R00871

La Cour d’appel, statuant en référé, a été saisie d’une demande en désignation d’expert. La requérante soutenait l’existence de vices cachés sur un véhicule qu’elle avait acquis. Le juge a ordonné une expertise judiciaire afin d’éclairer le litige. La décision retient l’urgence de la mesure et fixe une provision à la charge de la demanderesse. Elle définit également une mission d’expertise très complète et circonstanciée.

La mission d’expertise : un cadre procédural précis et étendu

L’étendue de la mission confiée à l’expert est particulièrement détaillée. Le juge lui ordonne non seulement d’examiner le véhicule et d’en décrire l’état, mais aussi de « dire si les vices cachés allégués dans l’assignation existent et s’ils présentent un caractère rédhibitoire ». (Par ces motifs) La mission inclut la recherche des causes et conséquences des désordres, le chiffrage des solutions et même un avis sur les responsabilités. Cette ampleur démontre la volonté du juge de constituer un dossier technique exhaustif. Elle vise à fournir au juge du fond tous les éléments nécessaires à son appréciation souveraine.

La fixation d’une provision et ses conséquences procédurales

La décision impose à la société requérante le versement d’une provision de quatre mille euros. Cette somme est mise à sa charge « à titre provisoire » et doit être consignée dans un délai de quinze jours. (Par ces motifs) Le défaut de consignation peut entraîner la caducité de la mesure d’expertise. Cette condition financière assure le sérieux de la demande et protège l’expert contre un défaut de rémunération. Elle illustre le pouvoir du juge des référés de subordonner l’exécution de sa décision à une condition suspensive, garantissant l’équilibre des intérêts en présence.

La portée de la décision : préparer le jugement au fond sans y préjudicier

L’ordonnance rappelle que tous les droits et moyens des parties demeurent réservés au fond. Elle donne acte des protestations de la défenderesse concernant la mesure sollicitée. Cette rédaction est classique en matière de référé et préserve l’intégrité du débat devant le juge du fond. L’expertise est ainsi présentée comme une mesure purement probatoire et préparatoire. Elle ne préjuge en rien de la qualification juridique des faits, laquelle relève de la seule compétence du tribunal statuant au fond.

La valeur de la décision : l’expertise comme outil d’éclaircissement des faits techniques

Cette ordonnance souligne le rôle essentiel de l’expertise pour trancher des questions techniques complexes. En confiant à un technicien le soin de décrire les désordres et d’en rechercher l’origine, le juge s’assure une base factuelle solide. Cette approche est conforme à la jurisprudence qui estime qu’ »il appartiendra à l’expert judiciaire de décrire les dysfonctionnements, d’en déterminer l’origine ». (Cour d’appel, le 15 janvier 2025, n°21/03405) L’expertise permet ainsi de dépasser le simple conflit d’allégations pour fonder le futur jugement sur des constatations objectives et détaillées.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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