Tribunal judiciaire de Pontoise, le 15 octobre 2025, n°2023F00122

Le tribunal judiciaire de Pontoise, statuant le 15 octobre 2025, a examiné une action en paiement dirigée contre une caution personne physique. L’établissement financier demandait l’exécution d’un cautionnement solidaire souscrit pour garantir les engagements d’une société en liquidation judiciaire. Il réclamait également la restitution de sommes versées après l’ouverture de cette procédure. Le défendeur contestait la validité de l’acte de cautionnement et invoquait la déchéance des intérêts pour défaut d’information annuelle. Le tribunal a rejeté les exceptions soulevées par la caution mais a prononcé la déchéance des intérêts des prêts professionnels. Il a condamné la caution au paiement des sommes principales et à la restitution des virements litigieux.

La validation du cautionnement malgré la procédure collective

Le tribunal a d’abord écarté les arguments d’invalidité de l’acte de cautionnement. La caution soutenait que l’étendue de son engagement était imprécise et que l’acte était inopposable. Le juge a constaté que l’acte respectait le formalisme requis et définissait un périmètre explicite. « Le périmètre couvert par l’acte de cautionnement est donc explicite avec des limites en durée et montant précisées. » (Motifs) Cette solution rappelle le principe de force obligatoire du contrat et la rigueur de l’engagement de la caution solidaire. Elle limite les possibilités pour la caution de se soustraire à son obligation par des arguments formels. La portée est significative pour la sécurité juridique des engagements souscrits par les cautions personnes physiques. Elle confirme que la clarté des limites du montant et de la durée suffit à valider l’acte.

La sanction du défaut d’information annuelle sur les intérêts

Le tribunal a ensuite fait droit à la demande de déchéance des intérêts pour défaut de preuve d’envoi de l’information annuelle. L’établissement créditeur produisait des lettres mais ne démontrait pas leur envoi effectif. « Il n’apporte aucun moyen de nature à démontrer leur envoi effectif. » (Motifs) Le juge applique strictement l’article 2302 du code civil qui protège la caution personne physique. La sanction est automatique et porte sur les intérêts échus depuis la précédente information. Cette décision souligne la charge de la preuve qui pèse sur le créancier professionnel. La valeur est préventive et incite les établissements financiers à archiver des preuves d’expédition. Elle renforce ainsi la protection légale accordée aux cautions non professionnelles.

La condamnation à la restitution des paiements post-liquidation

Le tribunal a accueilli la demande de restitution des virements effectués après le jugement d’ouverture. Ces opérations, initiées par le dirigeant de la société débitrice, ont été remboursées par la banque au liquidateur. « Le liquidateur judiciaire a effectivement demandé au CIC, qui s’est exécuté en date du 18 avril 2023, le remboursement. » (Motifs) Le juge applique l’article L. 641-9 du code de commerce qui interdit tout paiement après le dessaisissement. Il étend la responsabilité du dirigeant au remboursement des sommes indûment versées par la banque. Cette solution assure l’effectivité du principe d’arrêt des paiements en liquidation judiciaire. Sa portée est pratique et dissuasive pour les dirigeants qui continueraient à opérer sur les comptes.

La distinction des régimes d’intérêts selon l’origine de la créance

Enfin, le tribunal a opéré une distinction nette concernant les intérêts moratoires. Il a appliqué le taux contractuel aux sommes dues au titre des prêts professionnels. « Il y a donc lieu d’appliquer ce taux contractuel qui ne fait qu’appliquer la loi des parties, sans majoration. » (Motifs) Pour les autres créances, comme le solde de carte bleue ou la restitution, c’est le taux légal qui a été retenu. Cette différenciation respecte la nature contractuelle ou légale de chaque obligation. Elle illustre l’application des articles 1231-6 et 1907 du code civil. La valeur de cette solution réside dans sa précision et son respect des règles d’origine diverse. Elle guide les praticiens sur le taux applicable selon le fondement de la condamnation pécuniaire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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