Tribunal de commerce de Nice, le 9 octobre 2025, n°2025RG01612

Le tribunal de commerce de Nice, statuant le 9 octobre 2025, se prononce sur l’arrêté d’un plan de sauvegarde. La société, en difficulté depuis 2024, a présenté un projet après une période d’observation prorogée. Les juges, après audition des parties et du ministère public, retiennent la proposition d’apurer le passif à cent pour cent sur dix ans. Ils arrêtent le plan en assortissant cette décision de diverses modalités d’exécution et d’une mesure de garantie substantielle.

L’adoption conditionnée du plan de sauvegarde

La juridiction consacre un plan fondé sur une évaluation prospective de la situation. Elle valide un étalement du règlement intégral des créances sur une longue durée. Cette approche pragmatique s’appuie sur la viabilité démontrée de l’entreprise durant l’observation. La décision illustre la recherche d’un équilibre entre les intérêts des créanciers et la préservation de l’activité.

La validation d’un apurement intégral mais différé

Le tribunal entérine un échéancier progressif étalé sur une décennie. « Paiement du passif à 100 % sur une durée de 10 années aux moyens d’échéances progressives » (Motifs). Cette solution assure aux créanciers un recouvrement complet, bien que tardif. Elle s’inscrit dans la logique curative de la procédure de sauvegarde, permettant la poursuite de l’exploitation. La portée est significative pour les entreprises dont le rétablissement nécessite un long délai.

Le contrôle des conditions de l’accord

L’adoption du plan résulte d’une circularisation ayant recueilli une majorité d’acceptations. Le juge vérifie la régularité de la consultation et la représentativité des consentements. Il prend également en compte les avis favorables de l’administrateur et du ministère public. Ce contrôle garantit la légitimité du plan imposé aux créanciers minoritaires. La valeur de cette étape est essentielle pour la sécurité juridique de l’ensemble de la procédure.

Les garanties et le suivi de l’exécution

La décision ne se limite pas à arrêter les modalités de paiement. Elle institue un dispositif complet de suivi et de garanties pour sécuriser l’exécution. Ce cadre rigoureux vise à prévenir tout manquement du débiteur durant la longue durée du plan. Il traduit la volonté du juge de rester saisi d’une procédure dont le succès est progressif.

La sanction protectrice de l’inaliénabilité

La mesure la plus forte est l’interdiction de disposer du fonds de commerce. « Prononce, sur le fondement de l’article L. 626-14 du Code de commerce, l’inaliénabilité du fonds de commerce » (Motifs). Cette garantie immobilise l’outil d’exploitation et constitue une sûreté virtuelle pour les créanciers. Sa violation serait sanctionnée par la nullité, comme le rappelle une jurisprudence récente. « la violation de cette interdiction d’aliéner est sanctionnée par la nullité de l’acte » (Cass. Chambre commerciale financière et économique, le 2 mai 2024, n°22-22.968). La portée est donc dissuasive et protectrice de la continuité de l’entreprise.

Le pilotage judiciaire de la longue exécution

Le tribunal organise un suivi minutieux via le commissaire à l’exécution du plan. Il impose des versements provisionnels mensuels et la remise régulière de situations comptables. « l’entreprise devra remettre des situations comptables (CA, trésorerie) tous les six mois » (Motifs). Ce dispositif permet un contrôle continu de la trésorerie et du respect des engagements. Il est complété par une clause accélérant le recouvrement en cas de défaut de paiement. La valeur de ce pilotage est préventive et assure l’effectivité du plan sur toute sa durée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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