Tribunal de commerce de Amiens, le 9 octobre 2026, n°2025F00899

Le tribunal de commerce d’Amiens, statuant le 9 octobre 2026, se prononce sur le sort d’une procédure collective. Constatant l’impossibilité d’élaborer un plan de redressement, il convertit la procédure en liquidation judiciaire simplifiée. La décision soulève la question des conditions de conversion et du régime applicable.

Les conditions légales de la conversion de la procédure

Le défaut de collaboration du dirigeant comme cause de conversion

Le tribunal fonde sa décision sur l’absence totale de collaboration de la personne exerçant les fonctions de direction. Cette carence rend impossible toute perspective de redressement, justifiant la fin de la période d’observation. Le juge applique strictement l’article L. 622-10 du code de commerce, qui permet une telle conversion. La solution rappelle que la procédure collective est une œuvre de collaboration nécessaire. « le Tribunal qui constate à l’examen des explications et documents fournis que l’entreprise en difficulté ne pourra présenter de plan de redressement en raison de l’absence de collaboration de la dirigeante, se doit en conséquence de convertir la procédure » (Motifs de la décision). Cette approche rejoint une jurisprudence constante sur l’obligation de coopération. Un tribunal a déjà relevé qu' »une absence totale de collaboration du dirigeant qui ne s’est pas présenté aux rendez-vous, qu’aucun élément comptable et/ou financier ne lui a été transmis » rend le redressement impossible (Tribunal de commerce de commerce de Saint-Etienne, le 5 novembre 2025, n°2025F01327). La décision confirme ainsi la gravité de ce manquement.

Le choix du régime de liquidation judiciaire simplifiée

La qualification de la procédure de liquidation retenue

La conversion s’accompagne de l’application du régime de la liquidation judiciaire simplifiée. Le tribunal vérifie le respect des critères légaux propres à ce dispositif allégé. L’analyse de l’actif et des seuils d’activité permet cette qualification, simplifiant le déroulement ultérieur. « il apparaît que l’actif du débiteur ne comprend pas de bien immobilier, que le nombre de ses salariés et son chiffre d’affaires étaient inférieurs aux seuils fixés par les dispositions réglementaires » (Motifs de la décision). Le juge opère donc un contrôle des conditions de fond prévues par le code de commerce. Cette vérification est essentielle pour déterminer la procédure applicable. Une autre juridiction a statué de manière identique, indiquant que « l’actif de l’entreprise ne comprend aucun bien immobilier et que l’entreprise est en dessous des seuils fixés à l’article D.641-10 du code de commerce » (Tribunal de commerce de commerce d’Évreux, le 12 mars 2026, n°2026P00078). La décision commentée s’inscrit dans cette ligne jurisprudentielle rigoureuse.

La portée pratique de la décision pour le déroulement de la procédure

Les conséquences immédiates de la conversion

Le jugement produit des effets immédiats sur l’organisation de la procédure. Il met fin à la période d’observation et nomme un liquidateur pour réaliser l’actif. Le tribunal fixe également un délai pour la clôture, encadrant la durée de la liquidation. Ces mesures visent à assurer une exécution efficace et rapide de la procédure simplifiée. L’invitation à comparaître en chambre du Conseil organise le suivi concret du dossier. La décision illustre la mise en œuvre des pouvoirs du juge après une conversion. Elle garantit la transition ordonnée entre les deux phases de la procédure collective. Le tribunal assure ainsi la continuité de la gestion de l’insolvabilité.

L’encadrement du processus de liquidation simplifiée

Le juge pose le cadre temporel et procédural de la liquidation ouverte. La fixation d’un délai de douze mois pour la clôture répond à l’exigence de célérité de la procédure simplifiée. Cette durée peut être prorogée par une décision motivée, offrant une certaine flexibilité. Les mesures de publicité ordonnées assurent la transparence vis-à-vis des créanciers. La décision démontre le souci d’une liquidation efficace dans l’intérêt des parties concernées. Elle applique le régime dérogatoire avec ses règles spécifiques de rapidité. Le tribunal remplit son rôle de pilotage de la procédure jusqu’à son terme.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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