L’autre parent refuse un soin, un vaccin ou un rendez-vous médical pour l’enfant : que faire ?

Le mauvais réflexe, dans ces dossiers, est de poser une question trop générale: « Ai-je le droit de décider seul ? » Le bon réflexe est d’identifier d’abord de quoi l’on parle exactement.

Refuse-t-on:

  • un vaccin obligatoire;
  • un soin courant;
  • une première séance ponctuelle chez un psychologue;
  • un suivi durable;
  • une opération programmée;
  • ou simplement un rendez-vous destiné à obtenir un avis médical ?

En droit français, la stratégie dépend beaucoup de cette qualification. Depuis la séparation, les parents continuent en principe à exercer conjointement l’autorité parentale.12 Mais chacun est réputé agir avec l’accord de l’autre, à l’égard des tiers de bonne foi, lorsqu’il accomplit seul un acte usuel relatif à la personne de l’enfant.3

I. Commencer par qualifier l’acte

La fiche officielle Service-Public sur l’autorité parentale après séparation donne une liste très concrète d’actes usuels de santé:

  • vaccinations imposées par la loi;
  • soins courants;
  • poursuite d’un traitement de maladie récurrente;
  • accès au dossier médical du mineur pour le suivi courant;
  • séances ponctuelles avec un psychologue.4

Cette liste sert de boussole.

Si vous êtes dans ce bloc, le refus de l’autre parent ne se traite pas comme s’il s’agissait automatiquement d’un veto absolu. Si vous en sortez, la prudence augmente immédiatement.

Plus le soin est lourd, invasif, durable ou conflictuel, plus il faut éviter de le présenter comme un simple acte de routine.

II. Ce qu’il faut faire tout de suite quand l’autre parent refuse

Avant de parler de juge, il faut nettoyer le dossier.

1. Obtenir un écrit médical lisible

Il faut quelque chose de simple et daté:

  • ordonnance;
  • convocation;
  • certificat;
  • devis ou programme opératoire;
  • note du praticien sur l’objet du rendez-vous.

Sans cela, le conflit reste émotionnel. Avec cela, il devient analysable.

2. Envoyer une information claire à l’autre parent

Le message utile n’est pas agressif. Il doit seulement fixer les faits:

  • quel soin ou quel rendez-vous;
  • quel praticien;
  • quelle date;
  • pour quelle raison;
  • quel délai de réponse.

Le parent qui écrit proprement prend un avantage procédural. Il montre qu’il n’essaie pas d’écarter l’autre, mais d’obtenir une réponse exploitable.

3. Exiger un vrai refus, pas un flottement

Beaucoup de dossiers pourrissent à cause de réponses du type:

  • « je ne suis pas d’accord » ;
  • « on verra » ;
  • « tu fais toujours ce que tu veux » ;
  • ou aucun retour du tout.

Il faut pousser le dossier vers un oui, un non, ou un silence clairement daté. C’est beaucoup plus utile devant un juge.

III. Trois scénarios pratiques

A. Le refus porte sur un acte usuel

Si le conflit vise un vaccin obligatoire, un soin courant, la poursuite d’un traitement récurrent ou une séance ponctuelle chez un psychologue, la fiche Service-Public range ces actes dans le bloc des actes usuels.4

Dans ce cas, le parent raisonnable:

  • informe l’autre parent;
  • conserve les échanges;
  • garde les pièces médicales;
  • évite toute escalade verbale inutile.

L’objectif n’est pas de « gagner » contre l’autre parent. L’objectif est de montrer que l’on agit dans un cadre objectivable et ordinaire.

B. Le refus porte sur un rendez-vous de diagnostic

C’est un cas fréquent et sous-traité. Le conflit ne porte pas encore sur une opération ou un traitement, mais sur le simple fait de consulter: psychologue, orthodontiste, spécialiste, second avis.

Ici, le point utile est le suivant: demander un avis médical n’est pas toujours la même chose qu’imposer immédiatement un traitement lourd. Plus vous montrez que le rendez-vous sert d’abord à comprendre la situation, plus votre position devient défendable.

En pratique, il faut expliquer que:

  • le rendez-vous n’épuise pas la décision finale;
  • le compte rendu sera partagé;
  • le débat sur la suite pourra avoir lieu après l’avis.

Cela désamorce parfois le conflit.

C. Le refus porte sur une décision lourde

Opération programmée, traitement durable, prise en charge psychologique installée, arbitrage thérapeutique important: ici, il faut sortir vite des improvisations.

Si l’autre parent s’oppose de façon nette, il est dangereux d’avancer en prétendant qu’il s’agit d’un simple acte usuel. Il faut soit obtenir un accord explicite, soit demander au JAF de trancher.

IV. Quand faut-il saisir le juge aux affaires familiales ?

Il faut saisir le JAF quand le désaccord ne porte plus sur un détail d’organisation, mais sur l’exercice même de l’autorité parentale.

Le texte de base est l’article 373-2 du code civil: en cas de désaccord, le parent le plus diligent saisit le juge, qui statue selon ce qu’exige l’intérêt de l’enfant.2

Concrètement, il faut envisager une saisine lorsque:

  • l’autre parent bloque systématiquement les soins;
  • il refuse sans motif intelligible;
  • il n’assume aucune concertation mais reproche ensuite l’absence d’accord;
  • le soin ou le traitement dépasse manifestement le cadre ordinaire;
  • la santé de l’enfant se dégrade pendant que les parents se disputent.

L’article 373-2-6 rappelle en outre que le juge peut prendre les mesures permettant de garantir l’effectivité du maintien des liens de l’enfant avec chacun de ses parents.5 Dans ce type de dossier, cela compte parce qu’un parent peut instrumentaliser la santé pour exclure l’autre ou, à l’inverse, bloquer toute prise en charge pour garder le contrôle.

V. Ce qu’il faut demander au juge

Une mauvaise saisine demande au juge de « dire qui a raison ». Une bonne saisine demande une solution exécutable.

Selon le dossier, la demande peut porter sur:

  • l’autorisation de réaliser un soin précis;
  • la possibilité de consulter un praticien déterminé;
  • l’obligation d’informer l’autre parent avant certains actes;
  • la communication des comptes rendus et ordonnances;
  • l’organisation d’un cadre clair pour les décisions médicales futures.

Plus la demande est concrète, plus elle devient utile.

Il faut éviter les demandes vagues du type « que le juge rappelle les droits de chacun ». Ce genre de décision protège mal et se réexécute encore plus mal.

VI. Le benchmark international révèle le vrai besoin

Les requêtes américaines sur la santé de l’enfant après séparation passent souvent par la legal custody, c’est-à-dire le pouvoir de décider pour la santé, l’éducation et le bien-être de l’enfant.6 Au Royaume-Uni, la parental responsibility inclut aussi l’accord sur le traitement médical, avec recours au juge si les parents ne s’entendent pas.7 En Australie, la santé fait partie des major long-term issues quand la décision doit être prise conjointement.8

La version française, elle, entre souvent par un conflit plus brut:

  • « il refuse le vaccin » ;
  • « elle a pris rendez-vous seule » ;
  • « je n’ai pas été prévenu » ;
  • « il bloque l’opération » ;
  • « elle l’emmène chez le psychologue sans mon accord ».

Le besoin réel du justiciable français est donc moins théorique qu’il n’en a l’air. Il veut savoir quoi faire demain matin: prendre le rendez-vous, attendre, écrire, saisir le juge, ou documenter le refus.

VII. La méthode la plus sûre

Si l’autre parent refuse un soin ou un rendez-vous médical, la séquence la plus solide est la suivante:

  1. qualifier l’acte: usuel ou non;
  2. réunir un écrit médical compréhensible;
  3. informer l’autre parent proprement;
  4. fixer un délai de réponse;
  5. conserver toutes les preuves;
  6. saisir le JAF si le blocage persiste ou si l’acte dépasse la routine.

Ce qui fragilise le plus un parent, ce n’est pas seulement d’avoir tort en droit. C’est d’agir seul sans trace, sans explication, ou en mélangeant rendez-vous exploratoire et décision thérapeutique définitive.

Conclusion pratique

Quand l’autre parent refuse un soin, un vaccin ou un rendez-vous médical pour l’enfant, il ne faut ni céder trop vite au blocage, ni traiter chaque décision de santé comme un acte banal.

Le bon critère est encore celui-ci: sommes-nous dans le champ des actes usuels, ou dans une décision plus lourde qui doit être sécurisée ?

Le parent prudent documente, informe, qualifie, puis saisit le JAF si le conflit sort du cadre ordinaire. C’est la seule façon de protéger à la fois la santé de l’enfant et la solidité du dossier.

Pour structurer ce type de contentieux, il faut le rattacher à l’autorité parentale, à la résidence de l’enfant et plus largement au droit de la famille.


Notes et sources


  1. Code civil, art. 372. Lien officiel Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043895534 

  2. Code civil, art. 373-2. Lien officiel Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049294125 

  3. Code civil, art. 372-2. Lien officiel Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006426536 

  4. Service-Public.fr, « Autorité parentale en cas de séparation des parents », fiche vérifiée le 20 juin 2025 : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F3133 

  5. Code civil, art. 373-2-6. Lien officiel Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049164431 

  6. Superior Court of California, County of San Luis Obispo, « Start a Request for Order », section Legal Custody : https://www.slo.courts.ca.gov/self-help/family-law/request-order/start-request-order 

  7. GOV.UK, « Parental rights and responsibilities: What parental responsibility is » : https://www.gov.uk/parental-rights-responsibilities 

  8. Australian Government, Family Relationships Online, « Parenting orders – what you need to know », point major long-term issues incluant la santé de l’enfant : https://www.familyrelationships.gov.au/sites/default/files/documents/2021-11/186-parenting-orders-what-you.pdf 

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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