Activités, sport, musique, permis, téléphone : quels frais pour l’enfant restent à partager après la pension alimentaire ?

Le faux débat, dans ces dossiers, est de demander si la pension alimentaire « couvre tout ». Le vrai débat est plus précis: quelles dépenses restent déjà absorbées par la pension telle qu’elle existe, et quelles dépenses peuvent encore être partagées en plus, parce qu’elles sont prévues, justifiées ou décidées autrement.

Les recherches étrangères vont exactement dans ce sens. En Australie, les guides pour parents séparés rangent parmi les postes à organiser après la séparation les frais d’école, de sport et d’autres activités.1 Dans les litiges américains, les plans parentaux distinguent fréquemment les frais d’activités extrascolaires des autres dépenses, avec des clauses spécifiques de partage, de consultation préalable ou de prise en charge par le parent qui décide seul.2

En droit français, il n’existe pas de liste magique des « frais extraordinaires ». La réponse dépend d’abord du droit commun de la contribution à l’entretien et à l’éducation de l’enfant, puis du titre qui organise déjà la pension.

I. La pension alimentaire n’efface pas la question des frais directs

L’article 371-2 du code civil pose le principe: chacun des parents contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l’autre parent et des besoins de l’enfant.3

L’article 373-2-2 ajoute qu’en cas de séparation, cette contribution prend souvent la forme d’une pension alimentaire. Mais le même texte précise que la pension peut aussi, en tout ou partie, prendre la forme d’une prise en charge directe de frais exposés au profit de l’enfant.4

Cela signifie deux choses.

La première: le débat sur les frais annexes n’est pas anormal. Le code civil l’envisage lui-même.

La seconde: tout dépend du titre existant. Si le jugement ou la convention dit que certains frais seront pris en charge directement, il faut commencer par lire cette clause. Si le titre ne dit rien, le conflit devient plus ouvert, donc plus risqué.

II. Il n’existe pas de liste universelle, mais des zones de friction récurrentes

Les postes qui reviennent le plus souvent sont connus:

  • activités sportives ;
  • musique, danse, théâtre ;
  • stages, compétitions, tournois ;
  • voyages et sorties scolaires ;
  • téléphone, ordinateur, abonnement ;
  • permis de conduire ;
  • études supérieures, logement étudiant, transports ;
  • frais de santé non remboursés.

Le point important est le suivant: un même poste peut être traité différemment selon le dossier.

Un abonnement sportif modeste peut être regardé comme une dépense courante déjà absorbée par l’économie générale de la pension. Un autre abonnement, combiné à du matériel coûteux, à des déplacements et à des compétitions, peut être discuté comme un poste spécifique. Un téléphone basique ne soulève pas les mêmes enjeux qu’un forfait élevé, un appareil coûteux ou un besoin scolaire documenté.

Il faut donc sortir des slogans.

III. Trois filtres permettent de raisonner proprement

1. Le premier filtre: le jugement ou la convention

C’est lui qui gouverne en priorité.

Beaucoup d’accords prévoient déjà:

  • que certains frais seront partagés par moitié ;
  • qu’ils seront partagés au prorata des revenus ;
  • ou qu’ils supposent un accord préalable écrit.

L’article 373-2-7 du code civil permet précisément aux parents de faire homologuer une convention qui organise à la fois l’exercice de l’autorité parentale et la contribution à l’entretien et à l’éducation de l’enfant.5

Quand ce cadre existe, il faut l’appliquer avant toute discussion théorique.

2. Le deuxième filtre: la nature du besoin

Le juge ne regarde pas seulement le nom de la dépense. Il regarde ce qu’elle représente pour l’enfant.

Un frais sera plus facile à défendre s’il correspond:

  • à un besoin objectivable ;
  • à une dépense cohérente avec l’âge et la situation de l’enfant ;
  • à une continuité déjà installée ;
  • ou à une dépense éducative réelle, pas seulement de confort.

3. Le troisième filtre: la proportion des ressources

Même une dépense utile pour l’enfant ne se partage pas dans le vide.

La répartition dépend des ressources et charges des parents. C’est une constante jurisprudentielle. La Cour de cassation rappelle que, pour fixer la contribution, le juge doit se placer au jour où il statue pour apprécier les ressources des parents.6

Autrement dit, le partage d’une dépense n’est jamais purement moral. Il est financier et daté.

IV. Ce que dit la Cour de cassation sur les frais directs autour de l’enfant

L’arrêt le plus parlant, pour ce sujet, est celui du 2 décembre 2020.7

La première chambre civile y casse une décision qui avait rejeté la demande de partage des dépenses exceptionnelles exposées pour les enfants, parmi lesquelles les activités extrascolaires, les voyages scolaires et les frais médicaux non remboursés, sans apprécier correctement la situation de charge invoquée par la mère.

Ce qu’il faut retenir n’est pas une formule du type « ces frais sont toujours à partager ». La Cour dit autre chose, et c’est plus utile:

  • ces dépenses peuvent parfaitement entrer dans le champ de la contribution à l’entretien et à l’éducation ;
  • la pension peut prendre la forme d’une prise en charge directe de frais exposés au profit de l’enfant ;
  • et le juge doit apprécier sérieusement les ressources, les charges et les besoins avant de trancher.

Deux autres arrêts complètent utilement le raisonnement.

Le 7 octobre 2015, la Cour de cassation rappelle que le juge doit apprécier les ressources des parents au jour où il statue.6 Ce point est décisif lorsqu’un parent demande que certains frais soient désormais partagés autrement qu’avant.

Le 19 novembre 2014, elle juge que la prestation compensatoire n’a pas à être incluse dans les ressources du parent qui la reçoit pour fixer la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants.8 Cela compte beaucoup dans les dossiers où l’un des parents tente de minimiser sa contribution en gonflant artificiellement les ressources de l’autre.

V. Ce qui reste souvent dans la pension, et ce qui en sort plus facilement

Il faut rester prudent, parce qu’il n’existe pas de frontière absolue. Mais en pratique:

Restent plus souvent absorbés par la pension ou par l’organisation courante:

  • les dépenses ordinaires de vie quotidienne ;
  • les petits frais réguliers et prévisibles ;
  • ce que les parents ont déjà intégré dans l’économie normale de leur séparation.

Sortent plus facilement du bloc ordinaire:

  • les frais expressément qualifiés dans le jugement ou la convention ;
  • les dépenses importantes et ponctuelles ;
  • les frais d’activités ou d’études qui dépassent la routine ;
  • les dépenses de santé non remboursées d’un montant significatif ;
  • les frais devenus objectivement nécessaires en raison de l’évolution de l’enfant.

Mais, là encore, aucun poste ne bascule automatiquement d’un côté ou de l’autre par son seul nom.

VI. Activités, permis, téléphone: trois exemples utiles

A. Le sport, la musique, les stages

Si le titre prévoit déjà un partage des activités extrascolaires, la discussion porte surtout sur la preuve, le montant et le respect éventuel d’une procédure d’accord préalable.

Si rien n’est prévu, le parent qui engage seul une dépense importante prend un risque contentieux. Plus l’activité est chère, récurrente ou intrusive dans le calendrier de l’autre parent, plus ce risque augmente.

B. Le permis de conduire

Le permis n’est pas automatiquement un frais d’entretien ordinaire. Mais il n’est pas non plus automatiquement une dépense partageable. Le dossier se gagnera ou se perdra sur l’utilité concrète, le niveau de vie des parents, l’âge de l’enfant et le cadre déjà fixé.

C. Le téléphone et l’outil numérique

Là encore, pas de réponse automatique.

Un téléphone minimal peut être regardé comme un accessoire courant de la vie de l’enfant. Un appareil onéreux, un forfait élevé, un renouvellement fréquent ou un équipement présenté comme indispensable sans réelle discussion peuvent au contraire nourrir un refus légitime de remboursement.

VII. Comment éviter les contentieux à répétition

Le meilleur outil n’est pas la relance agressive après paiement. C’est la rédaction en amont.

Une clause utile devrait préciser:

  • la liste des frais visés ;
  • le mode de répartition ;
  • le seuil à partir duquel l’accord préalable est requis ;
  • les dépenses urgentes qui échappent à l’accord préalable ;
  • les justificatifs exigés ;
  • le délai d’envoi ;
  • le délai de remboursement ;
  • et ce qui se passe en cas de silence.

Sans cela, le dossier dérive vite vers des disputes à faible intensité mais à haute fréquence.

VIII. Que faire si vous avez déjà payé et que l’autre parent refuse de participer

Il faut commencer par qualifier votre position.

Si le jugement ou la convention prévoit expressément le partage, vous êtes dans un dossier d’exécution et de preuve.

Si rien n’est prévu, vous êtes dans un dossier plus incertain. Il faut alors démontrer:

  • que la dépense répondait à un besoin réel de l’enfant ;
  • qu’elle était proportionnée ;
  • qu’elle n’était pas déjà absorbée par la pension telle qu’elle existe ;
  • et, si possible, qu’elle avait été discutée, proposée ou au moins annoncée.

Le parent qui paye seul sans prévenir, puis réclame ensuite, se fragilise.

Conclusion pratique

Après séparation, la pension alimentaire ne ferme pas la porte au partage direct de certains frais. Mais elle ne crée pas non plus un droit automatique à exiger de l’autre parent la moitié de tout ce que l’on a décidé de payer pour l’enfant.

Le bon raisonnement tient en quatre questions:

  1. que dit le jugement ou la convention ;
  2. la dépense correspond-elle à un besoin réel de l’enfant ;
  3. est-elle proportionnée aux ressources des parents ;
  4. a-t-elle été discutée ou organisée d’une façon exécutable.

Pour éviter les faux débats, il faut rattacher ce sujet à la pension alimentaire pour enfant, à l’autorité parentale et plus largement au droit de la famille. C’est à ce niveau que l’on transforme une querelle de reçus en stratégie utile.


Notes et sources


  1. Legal Aid NSW, What happens when we split up?, section Child support mentionnant school costs et sports and other activities: https://www.legalaid.nsw.gov.au/ways-to-get-help/publications-and-resources/what-happens-when-we-split-up 

  2. Justia, Vanessa Young Colley v. John S. Colley, III, Tennessee Court of Appeals, 2016: https://law.justia.com/cases/tennessee/court-of-appeals/2016/m2014-02495-coa-r3-cv.html 

  3. Code civil, art. 371-2. Lien officiel Legifrance: https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039778192 

  4. Code civil, art. 373-2-2. Lien officiel Legifrance: https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044629469 

  5. Code civil, art. 373-2-7. Lien officiel Legifrance: https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006426763 

  6. Cass. 1re civ., 7 oct. 2015, n° 14-23.237, sur l’appréciation des ressources des parents au jour où le juge statue pour fixer la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants. Lien officiel: https://www.courdecassation.fr/decision/607985549ba5988459c4a523 

  7. Cass. 1re civ., 2 déc. 2020, n° 19-17.989, sur le partage des dépenses exceptionnelles exposées pour les enfants, incluant notamment les activités extrascolaires, voyages scolaires et frais médicaux non remboursés. Lien officiel: https://www.courdecassation.fr/decision/5fca4ccefc2d067a80a7b7f9 

  8. Cass. 1re civ., 19 nov. 2014, n° 13-23.732, sur l’exclusion de la prestation compensatoire des ressources du parent qui la reçoit pour fixer la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants. Lien officiel: https://www.courdecassation.fr/decision/60797fe29ba5988459c4a2ff 

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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