Tribunal judiciaire de Bordeaux, le 11 juin 2025, n°2025R00960

Le tribunal judiciaire de Bordeaux, statuant en référé le 11 juin 2025, examine une demande de provision relative à un contrat de location de matériel. Le juge accueille partiellement les demandes de la société locatrice, ordonnant le paiement provisionnel de loyers et la restitution du bien. Il rejette cependant plusieurs autres prétentions, invitant la demanderesse à se pourvoir au fond sur certains points.

La délimitation des pouvoirs du juge des référés
Le juge des référés opère un contrôle strict de sa compétence et des demandes présentées. Il rappelle ainsi que son office ne saurait empiéter sur celui du juge du fond, notamment pour statuer sur une demande de dommages et intérêts. « Il n’appartient pas au juge des référés, d’apprécier une demande de dommages et intérêts qui relève des juges du fond » (Motifs). Cette affirmation circonscrit précisément le champ de l’article 873 du code de procédure civile. La portée de cette position est de préserver la distinction fondamentale entre la procédure accélérée et l’instance au fond. Elle garantit que les droits de la défense ne sont pas amputés par un examen sommaire de questions complexes. Par ailleurs, le juge exige une justification probante pour toute demande financière. Concernant des frais de gestion réclamés, il constate qu’ « aucune pièce versée au dossier ne vient justifier » cette demande (Motifs). Cette exigence rigoureuse de preuve immédiate est caractéristique de la procédure de référé. Sa valeur réside dans la protection du défendeur contre des réclamations non étayées dans le cadre d’une instruction rapide. Elle souligne que la célérité de la procédure ne dispense pas du principe de la charge de la preuve.

Le rééquilibrage contractuel et les mesures d’urgence
Le juge use de ses pouvoirs pour modérer les clauses contractuelles et ordonner des mesures pratiques efficaces. Il procède ainsi à la réduction d’une clause pénale jugée excessive. Le dispositif indique qu’il « REDUISONS la clause pénale à la somme de 61,95 € » (Dispositif). Cette modération judiciaire, fondée sur l’article 1231-5 du code civil, vise à prévenir un déséquilibre manifeste entre la créance et la pénalité. Son sens est de corriger les abus potentiels dans les contrats d’adhésion, rétablissant une proportionnalité entre la faute et la sanction. La décision a pour effet de rappeler la soumission des clauses abusives au contrôle du juge, même en référé. Ensuite, le juge ordonne une restitution sous astreinte pour garantir son exécution. Il « ORDONNONS la restitution […] du matériel […] sous astreinte de 10 € par jour » (Dispositif). Cette injonction assortie d’une contrainte pécuniaire progressive est une mesure typique de l’urgence visant à éviter la perte de la chose. Sa portée pratique est immédiate, offrant au créancier un moyen de pression efficace pour recouvrer son bien. Elle illustre la nature impérative des ordonnances de référé, destinées à obtenir un résultat concret dans des délais brefs.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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