Tribunal judiciaire de Bordeaux en date, le 13 mars 2026, n°2025R00968

Par décision du tribunal judiciaire de Bordeaux en date du 13 mars 2026, le juge des référés a statué sur une demande de provision relative à un contrat de location de matériel. Le bailleur sollicitait le paiement de loyers impayés, la restitution du bien et diverses indemnités. Le juge a accordé une provision tout en réduisant une clause pénale et en rejetant certaines demandes pour défaut de preuve.

La délimitation des pouvoirs du juge des référés

Le juge opère une distinction nette entre les mesures provisoires et l’appréciation du fond du litige. Il admet la demande de provision au titre des créances peu contestables, constatant que « l’obligation de la société SDJ SERVICES SASU ne parait pas sérieusement contestable pour les loyers impayés ». Cette solution s’inscrit dans le cadre classique de l’article 873 du code de procédure civile, permettant une condamnation provisionnelle rapide. La portée de cette décision est de rappeler que le référé provision est un mécanisme efficace pour obtenir l’exécution de obligations incontestables sans préjuger du principal.

En revanche, le magistrat se déclare incompétent pour statuer sur une demande de dommages et intérêts pour réticence abusive. Il motive son refus en indiquant qu’ »il n’appartient pas au juge des référés, d’apprécier une demande de dommages et intérêts qui relève des juges du fond ». Cette position strictement interprétative de l’article 873 limite son office aux mesures urgentes ou aux provisions. La valeur de cette analyse est de préserver la distinction fondamentale entre la procédure accélérée sur provision et l’examen approfondi des préjudices complexes.

Le contrôle judiciaire des clauses contractuelles

Le juge exerce son pouvoir modérateur sur la clause pénale stipulée au contrat. Bien que sollicitée à hauteur de dix pour cent des sommes dues, il estime son montant excessif et procède à sa réduction. Le dispositif acte cette modération en ordonnant de « réduisons la clause pénale à la somme de 20,01 € ». Cette intervention directe trouve son fondement dans l’article 1231-5 du code civil, qui permet au juge de diminuer une pénalité manifestement démesurée. Le sens de cette décision est d’affirmer le rôle protecteur du juge face à des stipulations déséquilibrées, même en référé.

Par ailleurs, le magistrat exige un standard probatoire pour les demandes indemnitaires accessoires. Il rejette ainsi une demande de frais de gestion par loyer impayé, au motif qu’ »aucune pièce versée au dossier ne vient justifier » cette prétention. Cette exigence de preuve concrète, rappelant que « il incombe à la société PREFILOC CAPITAL SAS de prouver les faits nécessaires au succès de sa demande », encadre strictement les condamnations pécuniaires. La portée de ce raisonnement est de souligner que la célérité de la procédure des référés ne dispense pas du respect des principes généraux de la charge de la preuve.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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