Tribunal de commerce de Clermont-Ferrand, le 23 octobre 2025, n°2023004489

Le Tribunal de commerce de Clermont-Ferrand, par jugement du 23 octobre 2025, statue sur une action en paiement dirigée contre une caution. L’établissement financier demandait l’exécution d’un engagement de caution solidaire souscrit par un dirigeant pour le compte de sa société, placée en liquidation judiciaire. La défense invoquait la disproportion de cet engagement au regard des ressources de la caution. Le tribunal, après avoir constaté cette disproportion, déboute intégralement le créancier de ses demandes.

La caractérisation d’un cautionnement disproportionné

Le juge opère une appréciation concrète des facultés de la caution. Il se fonde sur les éléments fournis par les parties pour évaluer la situation patrimoniale au moment de l’engagement. Le tribunal examine ainsi une fiche de renseignements indiquant des revenus et charges annuels, ainsi que l’existence d’un autre cautionnement. Il prend également en compte les avis d’imposition produits, qui révèlent des revenus fiscaux inférieurs. Cette confrontation des pièces permet une analyse dynamique de la solvabilité.

La portée de cette méthode est significative pour la charge de la preuve. Le juge considère que les éléments versés aux débats suffisent à établir le déséquilibre. Il constate ainsi que « l’engagement de caution souscrit […] le 2 mai 2022 à hauteur de 12 000 € […] était manifestement disproportionné à ses biens et revenus » (Motifs). Cette approche place le fardeau probatoire sur le créancier professionnel, tenu d’une obligation d’analyse des risques. La décision rappelle que la simple signature d’une fiche ne dispense pas d’une appréciation globale.

Les effets de la disproportion constatée

La sanction retenue est la nullité de l’engagement à hauteur de la somme disproportionnée. Le tribunal applique strictement le texte légal qui prévoit la réduction du cautionnement. Il en déduit que le créancier « ne peut pas se prévaloir dudit contrat de cautionnement » (Motifs). La solution conduit à un déboutement intégral de la demande en paiement, libérant totalement la caution. Cette mesure corrective vise à rétablir l’équilibre contractuel et à protéger la partie faible.

La valeur de cette sanction est préventive et dissuasive pour les pratiques bancaires. En condamnant le créancier aux dépens, le juge sanctionne son défaut de diligence lors de l’octroi du crédit. La décision envoie un signal clair sur les conséquences d’une évaluation superficielle de la solvabilité des cautions. Elle renforce ainsi l’effectivité de la protection légale, en faisant peser le coût de l’insouciance sur le professionnel. Cette portée corrective dépasse le cas d’espèce pour influencer les comportements précontractuels.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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