Dans les requêtes internationales les plus utiles, la question n’est pas seulement « puis-je récupérer mon enfant ? ». Elle devient très vite: qui saisir, quels documents fournir, comment bloquer le passeport, qui paie les traductions, faut-il réserver un billet, et les frais de retour seront-ils remboursés ? C’est sur cette couche d’exécution que beaucoup de dossiers se désorganisent.
En droit français, cette phase pratique se traite par blocs. D’abord, empêcher le départ si l’enfant est encore en France. Ensuite, si l’enfant est déjà parti ou retenu à l’étranger, activer l’autorité centrale et la mécanique conventionnelle adaptée. Enfin, budgéter lucidement le dossier: déplacements, traductions, représentation et éventuelle récupération des coûts.
Le présent article adopte donc l’angle exécution pratique du conflit familial. Il ne revient pas sur tout le droit de l’autorité parentale. Il répond à la question concrète: qu’est-ce qu’il faut faire, dans quel ordre, et avec quels coûts prévisibles ?
I. Quand l’enfant est encore en France: bloquer d’abord, discuter ensuite
Si le départ est imminent, le bon réflexe reste l’OST. La fiche officielle Service-Public détaille les pièces à fournir: justificatif de l’autorité parentale, identité du demandeur, identité de l’enfant, justificatif de domicile et tout document pertinent, comme des billets d’avion, échanges de mails, SMS ou jugement de divorce.1
Ce point probatoire est essentiel. Une OST n’est pas obtenue sur une inquiétude abstraite. Elle repose sur des indices tangibles de départ ou de non-retour. Plus le dossier est concret, plus la mesure est exploitable immédiatement.
Lorsque l’OST est accordée, l’enfant est inscrit au fichier des personnes recherchées et signalé dans le système d’information Schengen. Il ne peut alors plus franchir un poste frontière pour quitter le territoire français.2 L’effet est puissant, mais bref: la mesure ne vaut que quinze jours maximum.
L’IST, elle, s’inscrit dans le temps du contentieux familial. Elle est prononcée par le juge aux affaires familiales sur le fondement de l’article 373-2-6 du code civil. L’enfant ne peut alors quitter la France sans l’autorisation des deux parents.3 L’IST est l’outil à demander lorsqu’il faut sécuriser durablement un conflit déjà installé ou éviter qu’une nouvelle tentative de départ survienne après une OST.
Dans les dossiers les plus tendus, il faut aussi penser aux documents de voyage. L’AST classique ne sert que si l’enfant voyage sans parent. En revanche, Service-Public rappelle qu’en présence d’une OST ou d’une IST, l’enfant sera empêché de quitter le territoire dans les conditions prévues par ces mesures.4 Autrement dit, le vrai sujet n’est pas seulement le formulaire signé. C’est l’existence, ou non, d’un signalement opposable aux contrôles frontaliers.
II. Quand l’enfant est déjà à l’étranger: le dossier passe en mode “autorité centrale”
Dès que l’enfant est déjà hors de France ou retenu à l’étranger, l’affaire ne se résume plus à un conflit de communication entre parents. Elle devient un dossier de coopération internationale.
Le ministère de la justice indique que l’autorité centrale française compétente pour les déplacements internationaux d’enfants est le département de l’entraide, du droit international privé et européen. Cette autorité intervient notamment lorsque la France est liée à l’autre État par la Convention de La Haye du 25 octobre 1980 applicable au contentieux de retour.5
Le ministère recommande aussi, en cas d’enlèvement au-delà d’une frontière ou de difficulté grave à maintenir des relations personnelles avec l’enfant résidant à l’étranger, de contacter dans les plus brefs délais cette autorité centrale.6 C’est un point opérationnel majeur. Beaucoup de parents perdent du temps à chercher d’abord un avocat étranger, alors que la saisine de l’autorité centrale structure la suite: recevabilité conventionnelle, échanges avec l’État requis, tentative éventuelle de retour volontaire et orientation procédurale.
Le cadre HCCH 1980 poursuit un objectif clair: un retour rapide de l’enfant illicitement déplacé ou retenu, et la protection des droits d’accès.7 Cela ne signifie pas qu’il suffit d’invoquer la Convention. Il faut un dossier utilisable:
- décision française ou étrangère fixant la résidence ou les droits parentaux ;
- justificatifs d’identité et de filiation ;
- éléments sur la résidence habituelle de l’enfant avant le départ ;
- preuve de l’absence de consentement ;
- date précise du déplacement ou du non-retour ;
- coordonnées utiles pour localiser l’enfant et le parent qui le retient.
Plus le dossier est propre, plus il est facile de passer de la panique à la procédure.
III. Les coûts réels du dossier: traductions, avocats, trajets et récupération éventuelle
Le coût d’un dossier d’enfant retenu à l’étranger est rarement concentré en un seul poste. Il s’additionne par couches:
- constitution et traduction du dossier ;
- représentation par avocat en France et parfois à l’étranger ;
- frais de localisation et de communication ;
- déplacements pour audience, remise de l’enfant ou exercice du droit de visite ;
- billets, hébergement, parfois passeports ou renouvellements de titres.
Il faut donc se méfier de l’idée selon laquelle “la Convention de La Haye rembourse tout”. Ce n’est pas exact.
L’arrêt du 2 juillet 2025 le rappelle avec netteté. La Cour de cassation juge que l’article 26 de la Convention de La Haye de 1980 ne permet de mettre les frais à la charge du parent ayant déplacé ou retenu l’enfant que si le juge ordonne le retour ou statue sur le droit de visite sur le fondement de cette Convention.8 En l’espèce, la cour d’appel avait refusé le retour mais accordé quand même 8 000 euros de frais; la Cour de cassation a cassé.
Conséquence pratique: dans le budget initial, il faut partir du principe que vous devrez avancer une part significative des coûts. La récupération n’est ni automatique, ni détachée de l’issue de la procédure.
Il faut aussi distinguer les frais de retour au sens conventionnel et les frais récurrents de vie familiale internationale. Le second bloc peut continuer même après la crise: billets d’avion pour les droits de visite, transferts de vacances, hébergements, traductions ponctuelles, actes étrangers à faire reconnaître. Ce n’est plus seulement un contentieux de retour. C’est un contentieux d’exécution durable.
IV. Quand le retour n’entre pas dans le schéma classique
Tous les dossiers internationaux ne sont pas des dossiers “Convention de La Haye 1980” au sens simple.
Premier cas: l’enfant a atteint seize ans. L’arrêt du 10 juillet 2024 rappelle que la Convention de La Haye de 1996 peut aider, par ses mécanismes de coopération, de compétence et de reconnaissance, mais ne constitue pas le fondement autonome d’une demande de retour lorsque la Convention de 1980 ne s’applique plus.9
Deuxième cas: la Convention de 1980 est applicable, mais le parent qui retient l’enfant invoque une exception de non-retour. L’arrêt du 4 mars 2026 montre que l’exception tirée du risque grave ou de la situation intolérable est appréciée in concreto, au regard de l’intérêt supérieur de l’enfant, et non sur des slogans.10 Pour le parent demandeur, cela implique de documenter positivement les conditions de prise en charge, la stabilité proposée et l’absence de danger réel.
Troisième cas: le pays concerné n’offre pas de voie conventionnelle efficace. Le ministère de la justice et France Diplomatie soulignent alors l’intérêt d’une action civile locale, des démarches consulaires et, selon les cas, de mesures sur les passeports ou documents de voyage.11
Il faut donc sortir d’une vision binaire. Il n’existe pas un seul “bouton retour”. Il existe un faisceau d’outils, à combiner selon l’âge de l’enfant, l’État concerné, la rapidité du départ et la qualité des pièces.
V. Une matrice simple pour savoir qui fait quoi et qui paie quoi
En pratique, le dossier peut être lu ainsi:
Si l’enfant est encore en France et que le vol est proche:
- vous mobilisez l’OST ;
- vous rassemblez les pièces de voyage ;
- vous préparez en parallèle la saisine du JAF pour l’IST.
Si l’enfant est déjà parti mais se trouve dans un État relevant d’un instrument de coopération:
- vous saisissez sans délai l’autorité centrale ;
- vous consolidez la preuve de la résidence habituelle et de l’absence de consentement ;
- vous budgétez traduction, représentation et déplacement éventuel.
Si le retour est refusé ou juridiquement incertain:
- vous réévaluez la demande sur le terrain du droit de visite, des mesures parentales étrangères, des modalités de communication et de la prise en charge des coûts futurs ;
- vous vérifiez si une demande de frais au titre de l’article 26 de la Convention reste juridiquement ouverte ;
- vous conservez, si les éléments sont réunis, le levier pénal français sur la non-représentation ou la rétention hors du territoire.12
Le gain stratégique vient moins d’une formule magique que d’un séquençage propre.
Conclusion pratique
Dans les conflits parentaux internationaux, la vraie difficulté n’est pas seulement de connaître les grands principes. C’est de transformer l’urgence en dossier exécutable. OST pour bloquer, IST pour sécuriser, autorité centrale pour coordonner, puis budget réaliste pour porter le contentieux jusqu’au bout.
Quand un enfant est emmené ou retenu à l’étranger, la partie qui agit vite avec des pièces complètes prend un avantage décisif. Celle qui attend un simple “retour spontané” ou qui néglige les questions de passeport, de billets, de traduction et de preuve s’expose à subir le calendrier de l’autre parent.
Pour traiter cette phase d’exécution, il faut croiser les sujets déjà couverts par le cabinet sur le déménagement après séparation, le logement familial pendant le divorce, les violences conjugales et le logement et, lorsque la crise a déjà produit des coûts importants, le coût d’un divorce avec bien immobilier. Le cabinet Kohen Avocats accompagne ce type de dossier sur la preuve, la stratégie procédurale et l’exécution concrète des mesures.
Notes et sources
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Service-Public.fr, « Conflit parental sur la sortie du territoire d’un enfant mineur », fiche vérifiée le 29 avril 2025 : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1774 ↩
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Ibid. ↩
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Code civil, art. 373-2-6. Lien officiel Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049164431 ↩
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Service-Public.fr, « Autorisation de sortie du territoire (AST) », fiche vérifiée le 28 juillet 2025 : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1359 ↩
-
Ministère de la justice, « L’autorité centrale » : https://www.justice.gouv.fr/lautorite-centrale ↩
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Ministère de la justice, « Enlèvements internationaux d’enfants et droits de visite transfrontières » : https://www.justice.gouv.fr/enlevements-internationaux-denfants-droits-visite-transfrontieres ↩
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HCCH, Child Abduction Section : https://www.hcch.net/en/instruments/conventions/specialised-sections/child-abduction ↩
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Cass. 1re civ., 2 juillet 2025, n° 24-21.917, cassation partielle sans renvoi. Lien officiel : https://www.courdecassation.fr/decision/68661e3955c314fc83710439 ↩
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Cass. 1re civ., 10 juillet 2024, n° 23-22.272, rejet. Lien officiel : https://www.courdecassation.fr/decision/668e241ffcf93851fdd644bb ; HCCH, Child Protection Section : https://www.hcch.net/en/instruments/conventions/specialised-sections/child-protection ↩
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Cass. 1re civ., 4 mars 2026, n° 25-17.582, rejet. Lien officiel : https://www.courdecassation.fr/decision/69a7e41acdc6046d47741109 ↩
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France Diplomatie, « Enlèvements d’enfants vers l’étranger » : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/services-aux-francaises-et-aux-francais/famille-scolarite/enlevements-d-enfants-vers-l-etranger ; Ministère de la justice, « Enlèvements internationaux d’enfants et droits de visite transfrontières » : https://www.justice.gouv.fr/enlevements-internationaux-denfants-droits-visite-transfrontieres ↩
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Code pénal, art. 227-5, 227-7 et 227-9. Liens officiels Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006418025 ; https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006418031 ; https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006418036 ↩