Tribunal de commerce de Gap, le 18 juillet 2025, n°2025J00060

Le tribunal de commerce de Gap, statuant le 18 juillet 2025, a été saisi d’un litige découlant d’un acte de cession d’actions. L’acquéreur s’était engagé à substituer ses garanties ou à contre-garantir les cautions souscrites par le cédant. Après le paiement par ce dernier d’une dette garantie, il a réclamé le bénéfice de cette contre-garantie. Le tribunal a accueilli sa demande en partie et a condamné l’acquéreur pour résistance abusive.

La qualification de l’engagement contractuel constitue le fondement de la décision. Le tribunal écarte l’application du régime du recours de la caution contre le débiteur principal. Il analyse l’engagement pris comme une garantie autonome. « Il ressort de ces éléments que l’engagement de la société CIBUS FOOD envers Monsieur [E] [F] s’analyse comme une contre-garantie autonome au sens de l’article 2321 du code civil » (Motifs, Sur la nature de l’engagement). Cette qualification libère le créancier des règles strictes de la subrogation. Elle permet d’actionner directement la contre-garantie sans formalisme particulier. La portée de cette analyse est significative pour la pratique contractuelle. Elle sécurise les engagements accessoires conclus dans les cessions d’entreprises.

La délimitation précise du champ de la contre-garantie en découle naturellement. Le tribunal opère une distinction entre la dette principale et les frais procéduraux. Seuls le principal et ses intérêts accessoires sont couverts par l’engagement. « Que les intérêts, étant l’accessoire de la dette principale, font quant à eux partie des sommes couvertes par l’engagement de caution » (Motifs, Sur le bien-fondé). En revanche, les condamnations sur le fondement de l’article 700 et les dépens sont exclus. Ils constituent des dettes personnelles du créancier envers la banque. Cette interprétation stricte du contrat préserve l’équilibre des obligations convenues. Elle évite d’étendre indûment la responsabilité du garant autonome.

La sanction d’un comportement procédural abusif renforce l’autorité de la décision. Le tribunal retient la faute de la partie perdante qui a multiplié les instances. « Que la résistance abusive de la société CIBUS FOOD est caractérisée » (Motifs, Sur les demandes de dommages-intérêts). Il accorde en conséquence des dommages-intérêts distincts de l’indemnité au titre de l’article 700. Cette condamnation vise à dissuader les stratégies dilatoires dans l’exécution des contrats. Elle rappelle que la mauvaise foi dans la défense peut engager la responsabilité. La valeur de cet attendu est préventive et participe à la bonne administration de la justice.

En définitive, cette décision clarifie le régime des engagements de contre-garantie dans les cessions. Elle en affirme la nature autonome et en circonscrit le champ d’application avec rigueur. La sanction de la résistance abusive constitue un message fort aux praticiens. Elle encourage le règlement loyal des litiges et condamne les manœuvres dilatoires. Cette approche contribue à la sécurité juridique et à l’effectivité des obligations contractuelles.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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