Tribunal judiciaire de commerce de Créteil, le 14 octobre 2025, n°2025F00676

Le Tribunal judiciaire, statuant par jugement réputé contradictoire, a examiné une demande en paiement formée par un établissement de crédit. La procédure a été engagée à l’encontre d’une société débitrice et de deux cautions personnelles et solidaires, pour le recouvrement de soldes de compte courant et de prêt. Le tribunal a rejeté la demande relative au compte courant, estimant que sa clôture n’était pas justifiée. En revanche, il a accueilli la demande concernant le prêt professionnel et condamné solidairement la société et les cautions au paiement des sommes restant dues, après avoir constaté la régularité de la résiliation du crédit et des mises en demeure.

La régularité de la résiliation du contrat de prêt

Le tribunal vérifie scrupuleusement le respect des conditions légales permettant la résolution du contrat de crédit. Il s’assure que le créancier a suivi la procédure imposée par le code civil avant d’en réclamer l’exécution forcée.

L’exigence d’une mise en demeure préalable

La décision souligne l’importance de la mise en demeure comme préalable à la résiliation. Le tribunal constate que l’établissement prêteur a justifié de l’envoi de plusieurs mises en demeure adressées à l’emprunteur principal. Cette formalité est une condition essentielle pour mettre en œuvre une clause résolutoire, sauf stipulation contraire expresse. « En vertu de l’article 1225 du code civil, la clause résolutoire précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat, la résolution étant subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s’il n’a été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l’inexécution. » (Cour d’appel de Paris, le 29 juin 2023, n°22/20530) La portée de ce contrôle est de protéger le débiteur contre une résiliation brutale et de lui accorder un délai pour se mettre en règle.

La justification de la défaillance et des sommes réclamées

Le juge exige une preuve concrète de l’inexécution et du calcul des créances. Il relève que le demandeur a produit le contrat de prêt, les engagements de caution et un relevé des échéances en retard. Le tribunal constate ainsi valablement la résiliation du prêt et le solde restant dû. Cette exigence de justification complète empêche le créancier d’obtenir condamnation sur de simples allégations. Elle garantit que la rupture du contrat et son quantum découlent directement de la défaillance établie de l’emprunteur.

Le régime de l’obligation solidaire des cautions

La décision détaille les conséquences de l’engagement solidaire des cautions, en distinguant clairement leurs responsabilités respectives. Elle précise les modalités de la condamnation, à la fois solidaire et individuelle, en fonction des limites de garantie souscrites.

Le principe de la condamnation solidaire et ses limites

Les cautions ayant souscrit un engagement solidaire avec le débiteur principal, elles peuvent être poursuivies pour la totalité de la dette. Le tribunal les condamne in solidum avec la société débitrice pour le solde du prêt principal. Toutefois, cet engagement solidaire s’exerce dans la limite du montant garanti par chaque caution. La valeur de ce point est de rappeler que la solidarité n’efface pas le plafond individuel de garantie convenu contractuellement. La caution reste protégée au-delà du montant qu’elle a accepté de garantir.

Les obligations d’information préalable des cautions

La régularité de la procédure à l’encontre des cautions est également vérifiée. Le tribunal note que des lettres d’information annuelle ont bien été adressées à chaque caution, conformément aux exigences légales. De plus, des mises en demeure distinctes leur ont été notifiées avant l’action en justice. Cette étape est cruciale pour permettre à la caution de discuter sa dette ou de se retourner contre le débiteur principal. Elle assure le respect des droits de la défense et du caractère contradictoire de la procédure de recouvrement, même en l’absence de comparution des parties défenderesses.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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