Tribunal judiciaire de Bordeaux, le 9 décembre 2025, n°2025R00961

Le tribunal judiciaire de Bordeaux, statuant en référé le 9 décembre 2025, examine une demande de provision relative à des loyers impayés sur un contrat de location. Le juge admet partiellement les demandes de la société locatrice tout en rappelant les limites de sa compétence. Il accorde une provision, réduit une clause pénale et ordonne la restitution du bien sous astreinte.

La délimitation des pouvoirs du juge des référés
Le juge des référés statue selon une procédure accélérée et possède une compétence d’attribution limitée. Il peut ordonner des mesures provisoires mais ne peut préjuger du fond du litige. Cette distinction fondamentale guide son office et conditionne ses décisions sur les demandes accessoires.

La fonction provisionnelle du référé est strictement encadrée par la loi. Le juge constate ici que « l’obligation […] ne parait pas sérieusement contestable pour les loyers impayés ». Il en déduit qu' »il y a lieu en conséquence de faire droit à la demande de provision » pour ce montant. Cette décision illustre le pouvoir d’anticipation du juge face à une créance apparemment liquide et exigible.

Le rejet des demandes indemnitaires souligne les frontières de la compétence. Le juge rappelle qu' »il n’appartient pas au juge des référés, d’apprécier une demande de dommages et intérêts qui relève des juges du fond ». Ce principe procédural garantit le droit à un procès équitable sur les questions complexes. Il invite la partie demanderesse à saisir la juridiction du fond pour ces prétentions.

Le contrôle judiciaire des stipulations contractuelles
Le juge exerce un pouvoir modérateur sur les clauses du contrat qu’il est amené à appliquer. Il vérifie leur équilibre et leur proportionnalité au regard des obligations principales. Ce contrôle protecteur s’exerce notamment sur les clauses pénales et les mesures d’exécution forcée.

La réduction de la clause pénale manifeste ce pouvoir de modulation. Le juge estime que la clause sollicitée est excessive et décide de la réduire. Il motive sa décision en indiquant : « estimant cette clause pénale excessive, nous la réduirons à la somme de 14,04 € ». Cette intervention corrective vise à rétablir une juste proportion avec le préjudice réel.

L’ordonnance de restitution sous astreinte assure l’exécution effective de la décision. Le juge précise les modalités pratiques de la restitution et la sanction en cas d’inexécution. Il édicte que la restitution sera faite « sous astreinte de 10 € par jour, à compter de la signification de la présente décision ». Cette mesure coercitive vise à garantir l’efficacité de la décision de justice dans un délai contraint.

Cette ordonnance de référé illustre la dialectique entre célérité et prudence qui caractérise cette procédure. Le juge statue rapidement sur les éléments non sérieusement contestables tout en renvoyant au fond les questions complexes. Il exerce un contrôle actif sur les clauses contractuelles pour en prévenir les abus. Cette décision assure une protection provisoire efficace tout en préservant les droits de la défense pour l’examen au fond du litige.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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