Tribunal de commerce de Pau, le 5 décembre 2025, n°2024006682

Le tribunal de commerce de Pau, statuant le 5 décembre 2025, se prononce sur une requête en prolongation du délai de clôture d’une liquidation judiciaire. La procédure, ouverte par un jugement du 21 janvier 2020, arrive à son terme légal. Le liquidateur sollicite une prorogation en invoquant une instance pénale en cours. Le tribunal, après audition du ministère public, fait droit à cette demande et prolonge la procédure pour six mois.

Le cadre légal de la prorogation du délai de clôture

Le tribunal fonde sa décision sur l’article L. 643-9 du code de commerce. Ce texte confère au juge le pouvoir de proroger le terme initialement fixé pour examiner la clôture. La décision doit être spécialement motivée, ce que le juge de Pau respecte scrupuleusement. Il s’agit d’une mesure discrétionnaire soumise à l’appréciation des circonstances de l’espèce.

La motivation nécessaire de la décision de prorogation

Le juge rappelle que « le tribunal peut proroger le terme fixé par une décision motivée » (Attendu que selon les dispositions de l’article L. 643-9 du code de commerce). Cette exigence de motivation constitue une garantie essentielle contre les prolongations arbitraires. Elle oblige le tribunal à justifier son intervention par des éléments objectifs tirés du dossier. La cour d’appel de Toulouse a récemment précisé ce cadre.

Elle a en effet rappelé que « dans le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire, le tribunal fixe le délai au terme duquel la clôture de la procédure devra être examinée. Si la clôture ne peut être prononcée au terme de ce délai, le tribunal peut proroger le terme par une décision motivée » (Cour d’appel de Toulouse, le 18 février 2025, n°24/00690). Le présent jugement s’inscrit dans cette stricte application.

L’incidence d’une procédure pénale parallèle

Le motif retenu pour la prorogation est l’existence d’une instance correctionnelle en cours. Le liquidateur fait valoir que cette situation empêche la clôture définitive des opérations. Le tribunal estime qu’il « apparaît en l’espèce que les opérations de la liquidation judiciaire ne peuvent être clôturées en l’état ». Cette décision reconnaît l’impact des procédures connexes sur le déroulement de la liquidation.

La nécessité de coordonner les procédures civiles et pénales

L’attente du résultat d’une action pénale peut en effet suspendre l’apurement complet du passif. Des questions de responsabilité ou des restitutions potentielles peuvent en dépendre. Le juge admet ainsi que des éléments extérieurs à la procédure collective justifient son maintien. Cette solution pragmatique vise à préserver l’intégrité du processus de liquidation et les droits des créanciers.

Elle évite une clôture prématurée qui pourrait être remise en cause ultérieurement. La décision illustre l’adaptabilité des délais procéduraux aux complexités factuelles. Le tribunal use de son pouvoir modérateur pour garantir l’efficacité de la mission du liquidateur. La durée de six mois apparaît comme un délai raisonnable pour attendre une issue pénale.

Cette décision confirme la souplesse procédurale offerte par l’article L. 643-9 du code de commerce. Elle souligne l’importance d’une motivation circonstanciée pour toute prorogation. Le juge doit constater une impossibilité matérielle de clôture, comme une instance pénale pendante. Cette jurisprudence s’aligne sur les solutions récentes des cours d’appel en la matière.

Elle renforce la sécurité juridique en encadrant strictement les prolongations. Le pouvoir du tribunal reste néanmoins discrétionnaire et apprécié in concreto. La décision assure une coordination nécessaire entre les différentes branches du droit. Elle garantit ainsi l’aboutissement complet et efficace des opérations de liquidation judiciaire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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