Tribunal judiciaire de commerce de Nice, le 10 décembre 2025, n°2022F00179

Le tribunal judiciaire, statuant en premier ressort, rejette la demande en paiement d’une société de construction. La décision examine les preuves apportées pour établir la réalité d’une cession de matériels. Elle soulève la question de la charge de la preuve en matière contractuelle et des exigences probatoires.

La rigueur probatoire exigée pour les transactions commerciales

L’insuffisance de la facture isolée comme preuve de la livraison

La juridiction rappelle que la partie demanderesse supporte la charge de prouver la créance invoquée. Les factures litigieuses, présentées seules, sont jugées insuffisantes. « Les trois factures litigieuses, datées des mois de mai et juin 2019, ne sont assorties d’aucun devis signé, d’aucun bon de commande, et d’aucun bon de livraison » (Motifs). Ce raisonnement limite la portée probatoire d’une facture non contestée. Il exige des éléments complémentaires pour établir matériellement la remise des équipements.

La valeur de cette exigence est de sécuriser les relations commerciales. Elle évite que des écritures unilatérales ne fassent preuve à elles seules. La portée est significative pour les professionnels du BTP. Elle les incite à documenter scrupuleusement chaque étape de leurs transactions. Cette approche contraste avec une jurisprudence plus souple admettant parfois la preuve par facture.

Le rejet des attestations et la preuve de l’impossibilité matérielle

Les attestations produites par le demandeur sont également écartées. Elles manquent de précision sur les dates et les circonstances des faits. La juridiction leur oppose des attestations démontrant un accès strict au chantier. « L’accès au chantier [Localité 3] était strictement encadré, subordonné à l’identification des intervenants » (Motifs). Elle en déduit l’impossibilité matérielle d’une livraison directe par le demandeur.

Le sens est un contrôle strict de la valeur probante des témoignages écrits. La décision exige des attestations circonstanciées et concordantes. Sa valeur réside dans la prévention des allégations abusives ou vagues. La portée est de rappeler que la simple affirmation ne vaut pas preuve. Elle renforce les standards de preuve dans les litiges complexes de chantier.

La consécration d’une méthode probatoire exigeante pour le créancier

L’exigence d’une preuve concrète de la détention des biens

La décision va plus loin en exigeant la preuve de l’utilisation actuelle des matériels. Le demandeur se borne à affirmer cette utilisation sans la démontrer. « La SARLU [C] CONSTRUCTIONS MEDITERRANNEE PROJECT n’apporte pas la preuve que les matériels mentionnés dans les factures seraient aujourd’hui utilisés ou détenus » (Motifs). Cette exigence semble particulièrement rigoureuse. Elle place une charge probatoire quasi insurmontable sur le créancier après un certain temps.

Le sens est d’imposer une chaîne probatoire complète et cohérente. La valeur est de protéger le débiteur présumé contre des réclamations infondées. La portée pourrait être discutée car elle semble déplacer l’objet de la preuve. La preuve devrait porter sur la livraison passée, non sur la détention présente. Cette exigence pourrait être perçue comme excessivement stricte.

Le rejet des présomptions et l’exigence de preuves directes

L’argument d’une livraison par l’intermédiaire d’une tierce société est aussi écarté. Aucune pièce ne démontre un mandat ou une réception pour le compte du demandeur. « Aucun procès-verbal de chantier, aucun constat, aucune correspondance interne n’atteste de tels transferts » (Motifs). La décision rejette ainsi toute preuve par présomption ou déduction. Elle requiert des preuves directes et écrites de chaque maillon de la chaîne.

Le sens est une application rigide du principe de preuve littérale entre commerçants. La valeur est la recherche d’une certitude absolue pour le juge. La portée est restrictive pour le créancier qui peut peiner à réunir tous ces documents. Cette solution illustre une tendance à un formalisme probatoire accru. Elle sert de rappel à la prudence dans la gestion documentaire des projets de construction.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture