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LMNP ou location nue en 2026 : faut-il changer de stratégie avec le statut bailleur privé ?

Le statut fiscal du bailleur privé, créé par la loi de finances pour 2026, change les calculs des propriétaires qui hésitent entre location meublée et location nue. Jusqu’ici, beaucoup de bailleurs regardaient d’abord le LMNP, parce que le régime réel du meublé permettait d’amortir le bien et de réduire fortement le résultat imposable. Le nouveau dispositif ouvre désormais, sous conditions, une logique d’amortissement en location nue.

La question n’est donc plus seulement fiscale. Elle devient juridique et patrimoniale : faut-il conserver un bail meublé, passer en location nue, acheter avec ce nouveau régime, ou attendre ? Le mauvais choix peut bloquer un congé, imposer un plafond de loyer, créer une difficulté avec le locataire, ou rendre l’avantage fiscal fragile.

L’arbitrage doit être fait logement par logement. Un studio meublé loué à un étudiant à Paris ne se traite pas comme un trois-pièces destiné à une famille pendant neuf ans. Une SCI familiale n’a pas les mêmes contraintes qu’un propriétaire en nom propre. Et un logement déjà loué ne peut pas être transformé du jour au lendemain sans respecter le bail en cours.

Ce que change le statut bailleur privé en 2026

La loi de finances pour 2026 a modifié l’article 31 du Code général des impôts pour créer une déduction au titre de l’amortissement en faveur de certains logements donnés en location nue à usage de résidence principale. Le texte vise notamment des logements situés dans des bâtiments d’habitation collectifs, avec des règles distinctes selon qu’il s’agit de logements neufs ou de logements anciens faisant l’objet de travaux importants.

Pour les logements neufs ou assimilés, le texte prévoit une déduction au titre de l’amortissement du prix d’acquisition net de frais, hors valeur du foncier. Pour certains logements anciens avec travaux lourds ou travaux d’amélioration représentant une part importante du prix, l’amortissement peut porter sur le prix d’acquisition majoré, le cas échéant, du montant des travaux. Le bénéfice du régime suppose une option, un engagement de location nue, une affectation à la résidence principale du locataire, et le respect de plafonds.

Le dispositif n’est donc pas une simple copie du LMNP. Il repose sur une logique différente. Le propriétaire accepte des contraintes de bail, de durée, de locataire, de plafonds et de conservation, en contrepartie d’une déduction fiscale organisée par le Code général des impôts.

Le point central est là : l’avantage fiscal n’est pas autonome. Il tient debout seulement si le bail, le logement, les travaux, la durée de location et les déclarations suivent le régime choisi.

LMNP et location nue : deux logiques juridiques différentes

Le bail meublé et le bail nu ne produisent pas les mêmes effets.

En location meublée, le logement doit être équipé de manière suffisante pour permettre au locataire d’y vivre normalement. La durée du bail est en principe d’un an, ou de neuf mois pour un étudiant. Le régime est souvent utilisé pour des petites surfaces, des mobilités professionnelles, des étudiants ou des locations plus souples.

En location nue, le bail d’habitation est en principe conclu pour trois ans lorsque le bailleur est une personne physique ou une SCI familiale, et pour six ans lorsque le bailleur est une personne morale. Le locataire bénéficie d’une stabilité plus forte. Le congé du bailleur est strictement encadré : reprise, vente, ou motif légitime et sérieux. Les règles de renouvellement et de reconduction doivent être anticipées.

Passer du meublé à la location nue ne consiste donc pas à changer une ligne dans une déclaration fiscale. Cela suppose de regarder le bail existant, la date d’échéance, l’usage réel du logement, les meubles, les diagnostics, l’encadrement éventuel des loyers, et la stratégie à moyen terme.

Un propriétaire qui veut vendre dans dix-huit mois, reprendre le logement pour un enfant ou conserver une grande flexibilité ne raisonnera pas comme un bailleur qui accepte de louer nu pendant neuf ans.

Les situations où la location nue peut devenir intéressante

La location nue devient plus sérieuse à étudier lorsque le propriétaire cherche une détention longue, avec peu de rotation locative, dans un immeuble collectif et avec une stratégie de revenus fonciers stable.

Elle peut notamment être pertinente dans quatre situations.

Première situation : l’achat d’un logement neuf destiné à la résidence principale du locataire. Le propriétaire peut intégrer dès le départ les contraintes de plafonds, de durée, de déclaration et de rentabilité. Le bail est conçu autour du régime fiscal. Le risque de contradiction entre le contrat et l’avantage fiscal est plus faible.

Deuxième situation : l’achat d’un logement ancien avec travaux importants. Lorsque les travaux entrent dans le champ du dispositif, le bailleur peut rechercher une cohérence entre rénovation, performance énergétique, mise en location durable et déduction fiscale. Il faut toutefois vérifier la nature exacte des travaux. Tous les travaux ne se valent pas. Des travaux d’entretien courant ne produisent pas les mêmes effets que des travaux lourds ou des travaux d’amélioration qualifiés.

Troisième situation : un propriétaire qui exploite aujourd’hui un meublé mais dont le marché devient moins favorable. Dans certaines villes, la location meublée subit la pression de l’encadrement des loyers, des règles sur les meublés touristiques, des copropriétés et de la fiscalité. Revenir à la location nue peut sécuriser l’occupation et réduire les conflits, à condition de ne pas rompre abusivement le bail en cours.

Quatrième situation : une SCI familiale qui veut stabiliser un actif. La location nue correspond souvent mieux à une logique patrimoniale longue. Mais il faut vérifier le régime fiscal de la SCI, la rédaction des statuts, les pouvoirs du gérant, l’identité du locataire, et les exclusions prévues par le texte fiscal.

Les situations où le LMNP reste plus cohérent

Le LMNP peut rester plus adapté lorsque le logement est réellement exploité comme un meublé, avec une clientèle mobile, une rotation assumée et une rentabilité construite autour du mobilier et de la souplesse du bail.

C’est souvent le cas pour un studio étudiant, un logement proche d’une gare, un appartement destiné à une mobilité professionnelle, ou un bien pour lequel le propriétaire veut conserver une possibilité plus rapide de reprise ou de réorganisation.

Le meublé reste également cohérent lorsque le logement n’entre pas dans les conditions du nouveau dispositif. Un avantage fiscal annoncé ne sert à rien si le bien ne respecte pas les critères d’éligibilité. Le bailleur doit alors comparer les régimes réels, les charges, les amortissements, les prélèvements sociaux, le risque de plus-value et la gestion quotidienne.

Il faut aussi regarder la copropriété. Certains règlements limitent les usages para-hôteliers ou les rotations de courte durée. Cela ne condamne pas forcément la location meublée classique, mais cela impose de distinguer le meublé d’habitation, le meublé touristique, la sous-location, les services para-hôteliers et l’usage professionnel.

Peut-on transformer un bail meublé en bail nu ?

Oui, mais pas n’importe comment.

Si le logement est déjà loué meublé, le propriétaire ne peut pas imposer seul au locataire une transformation en bail nu pendant le contrat. Il faut soit attendre l’échéance et respecter les règles applicables, soit signer un accord clair avec le locataire, soit mettre fin au bail dans un cadre régulier.

Le point sensible est le congé. Un congé donné uniquement pour reprendre fiscalement la main sur le logement, sans motif valable, peut être contesté. Le bailleur doit pouvoir justifier la cause du congé et respecter les délais. En bail meublé, comme en bail nu, un congé irrégulier peut être privé d’effet.

Si le locataire accepte de rester dans les lieux sous un nouveau bail nu, l’accord doit être proprement rédigé. Il faut éviter les zones grises : date de fin du bail meublé, date de prise d’effet du bail nu, dépôt de garantie, état des lieux, inventaire du mobilier, loyer, charges, diagnostics, clause résolutoire, répartition des travaux, et preuve du consentement du locataire.

Le propriétaire doit aussi vérifier l’encadrement des loyers si le logement est situé dans une commune concernée. Le passage en location nue ne permet pas de contourner les règles de plafonnement du loyer lorsque celles-ci s’appliquent.

Les points à vérifier avant de choisir

Avant de choisir entre LMNP et location nue, le propriétaire doit réunir les pièces suivantes :

  • le bail en cours ou le projet de bail ;
  • le titre de propriété et, en SCI, les statuts ;
  • le règlement de copropriété ;
  • les diagnostics, notamment le DPE ;
  • le détail des travaux réalisés ou projetés ;
  • les avis d’imposition foncière et les revenus locatifs ;
  • les simulations fiscales du régime meublé et du régime foncier ;
  • les plafonds de loyers et de ressources applicables ;
  • les échéances de congé, de renouvellement et de déclaration.

La comparaison doit intégrer les conséquences juridiques. Un amortissement attractif peut devenir inutile si le propriétaire perd la maîtrise du calendrier locatif, si le logement ne respecte pas la destination prévue, ou si une condition fiscale est rompue.

Il faut aussi anticiper la sortie. Le dispositif prévoit des mécanismes de reprise en cas de non-respect de certains engagements. Cela signifie que le bailleur peut devoir réintégrer des amortissements déduits si l’engagement n’est pas respecté. Une vente, une mise à disposition à un proche, une erreur sur le locataire ou une rupture anticipée peuvent donc coûter cher.

Paris et Île-de-France : l’arbitrage est plus sensible

À Paris et en Île-de-France, le choix entre LMNP et location nue se complique.

D’abord, le prix d’acquisition est élevé. Une erreur de régime peut absorber plusieurs années de rendement. Ensuite, l’encadrement des loyers peut limiter la marge de manoeuvre, surtout pour les petites surfaces. Enfin, la demande locative est forte, mais les contentieux sont fréquents : dépôt de garantie, complément de loyer, congé, DPE, troubles de jouissance, régularisation de charges.

Pour un bailleur parisien, le bon raisonnement consiste à partir du projet réel. Si l’objectif est de louer durablement à usage de résidence principale, la location nue avec le nouveau régime peut mériter une étude sérieuse. Si l’objectif est de conserver un usage flexible ou de louer à des profils très mobiles, le LMNP peut rester plus lisible.

Dans les deux cas, le bail doit être cohérent avec la stratégie. Un propriétaire qui change de régime fiscal sans revoir son bail, ses diagnostics et sa copropriété prend un risque inutile.

Que faire maintenant ?

Le propriétaire ne doit pas décider uniquement à partir d’un taux d’amortissement.

La première étape consiste à qualifier le logement : neuf, ancien, rénové, collectif, résidence principale, meublé réel, logement nu possible, SCI ou détention directe. La deuxième étape consiste à vérifier le bail en cours. La troisième consiste à comparer les conséquences fiscales avec les contraintes juridiques.

Si le bien est déjà loué, il faut d’abord sécuriser le calendrier contractuel. Si le bien est en cours d’achat, il faut intégrer le choix dans le compromis, le financement, les travaux, les diagnostics et le futur bail. Si le propriétaire détient plusieurs logements, il peut être préférable de ne pas appliquer la même solution partout.

Le bon choix n’est pas toujours celui qui réduit le plus l’impôt la première année. C’est celui qui tient dans la durée, avec un bail régulier, des conditions fiscales respectées et une sortie anticipée.

Sources juridiques utiles

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Une consultation téléphonique peut être organisée en 48 heures avec un avocat du cabinet.

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À Paris et en Île-de-France, l’analyse doit aussi intégrer l’encadrement des loyers, la copropriété et la stratégie de sortie du bail.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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