Tribunal judiciaire de Caen, le 9 juillet 2025, n°2025001587

Le tribunal judiciaire de Caen, dans un jugement du 9 juillet 2025, a examiné une opposition à une dissolution sans liquidation. La procédure concernait une société unique dont l’associé projetait une transmission universelle de patrimoine. L’organisme de recouvrement social s’y opposait en invoquant une créance importante. Le juge a dû concilier la liberté de l’associé unique avec la protection des droits des créanciers. La solution a accueilli l’opposition et condamné la société au paiement des sommes dues.

La prééminence de la créance certaine sur la liberté statutaire

L’exercice du droit de dissolution rencontre une limite substantielle. Le tribunal rappelle que l’article 1844-5 du code civil autorise l’associé unique à prononcer la dissolution sans liquidation. Cette faculté légale permet une transmission universelle du patrimoine à son profit. Elle offre une grande souplesse dans la vie des sociétés à associé unique. Toutefois, cette liberté n’est pas absolue et doit composer avec d’autres impératifs.

La décision subordonne ce mécanisme à l’absence de créance prioritaire. L’opposition ne peut prospérer que si le créancier justifie d’une créance certaine dans son existence, liquide et exigible (Cour d’appel de Dijon, le 20 février 2025, n°24/00093). En l’espèce, le juge constate que l’organisme de recouvrement justifie d’une créance certaine, liquide et exigible à hauteur de 361 272,36 €. Cette créance résulte d’un redressement opéré à l’issue d’un contrôle diligenté. La certitude de la créance devient ainsi un obstacle infranchissable à l’opération projetée.

La sanction d’un contexte frauduleux de défaillance

Les circonstances de l’espèce révèlent des manquements délibérés de la société. Les éléments versés aux débats établissent que la société a volontairement éludé ses obligations déclaratives et sociales. Le tribunal relève notamment des déclarations sociales incomplètes et des mises en demeure transmises. Ce comportement caractérise une fraude aux obligations légales de l’employeur. Il dessine un contexte particulier qui influence l’appréciation du juge.

La dissolution est dès lors analysée comme un procédé d’évasion des dettes sociales. La transmission du patrimoine à une société étrangère s’effectue dans un contexte de défaillance manifeste. Le juge y voit un manquement aux obligations déclaratives et contributives. Cette opération apparaît comme une tentative de soustraire des biens à l’action des créanciers. La fraude caractérisée justifie pleinement le rejet de la dissolution sans liquidation.

Ce jugement affirme avec force la primauté des droits des créanciers sociaux. Il rappelle que la dissolution sans liquidation n’est pas un droit discrétionnaire. La créance certaine, liquide et exigible constitue un garde-fou essentiel. La décision sanctionne également les manœuvres frauduleuses visant à éluder les dettes. Elle protège ainsi l’efficacité du recouvrement des cotisations sociales. Cette jurisprudence renforce l’arsenal contre le travail illégal et la fraude sociale.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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