Tribunal de commerce de Saint-Malo, le 12 novembre 2025, n°2025003085

Le Tribunal de commerce de Saint-Malo, par jugement du 12 novembre 2025, prononce la liquidation judiciaire simplifiée d’une société. Suite à la déclaration de cessation des paiements effectuée par son dirigeant, le tribunal constate l’impossibilité de faire face au passif exigible. Il retient la date du 31 août 2025 comme date de cessation des paiements et organise les modalités de la procédure.

La caractérisation de l’état de cessation des paiements

La définition légale et son application concrète

Le tribunal rappelle le critère légal de la cessation des paiements pour fonder sa décision. Il énonce que cet état résulte de l’impossibilité pour le débiteur de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Cette application stricte de la définition du code de commerce est immédiatement mise en œuvre. Le juge relève que le passif exigible s’élève à 43 557 euros tandis que l’actif disponible n’est que de 736 euros. L’écart considérable entre ces deux montants rend l’impossibilité de payer manifeste et objective.

La portée de cette analyse est de vérifier mécaniquement la condition d’ouverture de la procédure collective. Cette approche est conforme à la jurisprudence constante des juridictions. Par exemple, la Cour d’appel de Paris a déjà jugé qu’une société était en cessation des paiements lorsque son passif exigible ne pouvait pas être payé avec son actif disponible (Cour d’appel de Paris, le 6 février 2025, n°23/17113). Le tribunal commercial applique donc un contrôle strict et arithmétique de la situation de trésorerie.

L’appréciation souveraine de l’absence de perspectives de redressement

Le tribunal procède ensuite à une appréciation des circonstances pour écarter toute possibilité de continuation. Il constate qu’il n’existe, compte tenu des circonstances, aucune perspective de redressement. Cette conclusion est tirée des éléments fournis par le dirigeant, sans qu’un examen économique approfondi ne semble nécessaire. La jeunesse de la société, dont l’activité a débuté en janvier 2024, et l’ampleur du déséquilibre financier fondent cette appréciation négative.

La valeur de cette appréciation réside dans le pouvoir souverain des juges du fond. Elle permet de justifier le choix de la liquidation judiciaire plutôt qu’un autre traitement. Cette analyse rejoint celle d’autres juridictions qui estiment l’absence de trésorerie et de perspectives d’encaissement. Une cour d’appel a ainsi considéré qu’une société ne disposait pas de la trésorerie lui permettant de régler son passif (Cour d’appel de Paris, le 3 avril 2025, n°24/16725). Le tribunal statue donc en pleine connaissance des éléments constitutifs de l’état de cessation irrémédiable.

Les modalités d’organisation de la liquidation judiciaire simplifiée

La fixation de la date de cessation des paiements et ses conséquences

Le tribunal fixe provisoirement la date de cessation des paiements au 31 août 2025. Cette date est celle indiquée oralement par le déclarant lors de l’audience. Cette décision a une importance majeure pour la détermination de la période suspecte. Elle influence la validité des actes passés par la société durant la période antérieure à l’ouverture de la procédure. Le choix de s’en remettre à la déclaration du dirigeant montre une certaine souplesse dans l’administration de la preuve.

La portée de cette fixation est provisoire, pouvant être ultérieurement modifiée par le juge-commissaire. Elle organise cependant dès à présent la sécurité juridique des opérations de liquidation. Le tribunal encadre ainsi le travail du liquidateur en lui donnant un point de départ clair pour ses investigations. Cette étape est essentielle pour reconstituer avec exactitude la situation financière de la société défaillante.

Le cadre procédural accéléré et ses acteurs

Le tribunal organise une procédure simplifiée en désignant les différents organes requis. Il nomme un juge-commissaire, un liquidateur et un mandataire pour réaliser inventaire et prisée. Il fixe également à six mois le délai pour examiner la clôture, conformément à l’article L.643-9 du code de commerce. Cette structuration rapide vise une liquidation efficace et proportionnée à la taille et à la complexité de la société.

La valeur de ces désignations est d’assurer une gestion ordonnée et légale des opérations de liquidation. Le tribunal anticipe les différentes phases de la procédure en imposant des délais stricts. Il rappelle les obligations du liquidateur concernant le dépôt de la liste des créances. Cette organisation reflète la volonté du législateur de permettre une liquidation rapide pour les petites entreprises. Elle garantit enfin une information transparente via la publicité au Bodacc et la notification immédiate du jugement.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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