Tribunal de commerce de Pau, le 7 novembre 2025, n°2025003319

Le tribunal de commerce de Pau, statuant le 7 novembre 2025, examine une requête en prorogation du délai de clôture d’une liquidation judiciaire simplifiée. Le liquidateur sollicite une prolongation, invoquant la déclaration tardive d’une créance importante nécessitant un examen complémentaire. Le tribunal, après avoir entendu le ministère public et le liquidateur, fait droit à la demande et prolonge la procédure de six mois. Cette décision illustre l’aménagement pratique des délais stricts de la liquidation simplifiée face à des complexités imprévues.

Les conditions de la prorogation du délai

Le cadre légal impose une temporalité rigoureuse pour la clôture de la liquidation simplifiée. Le tribunal rappelle le fondement de sa décision en énonçant que « selon les dispositions de l’article L.644-5 du code de commerce, le tribunal peut proroger le terme fixé par une décision motivée ». Cette référence légale constitue le seul fondement possible d’une telle prolongation, comme le confirme une jurisprudence constante. En effet, il est précisé que « le tribunal peut, par un jugement spécialement motivé, proroger la procédure pour une durée qui ne peut excéder trois mois » (Cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion, le 30 avril 2025, n°24/00702). La décision commentée s’inscrit donc dans le strict respect de ce dispositif, en conditionnant toute prorogation à une motivation spécifique du juge.

La motivation du tribunal repose sur l’impossibilité de clôturer les opérations en l’état. Le liquidateur justifie sa demande « au motif qu’une nouvelle créance à hauteur de 1 million vient d’être déclaré et mérite un examen plus poussé du dossier ». Cette circonstance, présentée comme un fait nouveau et substantiel, constitue le cœur de la motivation requise par la loi. Le tribunal estime ainsi que les opérations ne peuvent être menées à bien dans le délai initial, validant le caractère sérieux et impérieux du motif invoqué. Cette appréciation souveraine des difficultés concrètes de la liquidation fonde légalement le pouvoir d’aménagement des délais.

La portée pratique de la décision

La durée de la prorogation accordée révèle une application souple des textes. Le tribunal fixe une prolongation de six mois, dépassant ainsi le plafond de trois mois mentionné par la jurisprudence pour les procédures simplifiées. Cette divergence apparente peut s’expliquer par la nature des seuils applicables à la société en cause. La jurisprudence précise en effet que « ce délai est porté à un an lorsque le nombre des salariés du débiteur ainsi que son chiffre d’affaires hors taxes sont supérieurs à des seuils fixés par décret » (Cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion, le 30 avril 2025, n°24/00701). La décision sous commentaire suggère donc que la société concernée dépasse probablement ces seuils, relevant du régime de durée plus long. Le tribunal adapte ainsi la procédure à l’ampleur réelle des opérations de liquidation.

Cette décision assure l’efficacité de la liquidation en permettant un traitement complet des créances. En accordant un délai supplémentaire pour examiner une créance majeure, le tribunal garantit la sécurité juridique du processus. Il évite une clôture prématurée qui pourrait léser un créancier ou engendrer des contentieux ultérieurs. La fixation d’une date précise de reprise de l’affaire matérialise le contrôle continu du juge sur la célérité de la procédure. Cette gestion pragmatique concilie ainsi l’objectif de rapidité de la liquidation simplifiée avec l’exigence fondamentale d’un apurement fidèle du passif.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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