Tribunal de commerce de Nice, le 6 novembre 2025, n°2025RG02477

Le tribunal de commerce de Nice, statuant le 6 novembre 2025, a arrêté un plan de redressement pour une société en difficulté. La procédure a été ouverte le 12 septembre 2024 et la période d’observation prorogée. Le tribunal a été saisi pour statuer sur un projet de plan soumis au vote des créanciers. La question était de savoir si ce projet respectait les conditions légales pour être arrêté. Le tribunal a validé le plan de continuation proposé par le débiteur.

Les conditions de validation du plan
Le tribunal vérifie d’abord la régularité de la consultation des créanciers et le respect de leurs droits. Le vote des classes de créanciers constitue une étape essentielle du processus. Le mandataire judiciaire a circularisé les propositions d’apurement à l’ensemble des créanciers concernés. Les réponses montrent une large adhésion au projet présenté par la société débitrice. Vingt-huit créanciers représentant 73,74% du passif échu ont accepté le plan. Seuls cinq créanciers, pour 0,96% du passif, l’ont refusé, tandis que quinze autres sont réputés avoir accepté. Cette approbation majoritaire permet au juge de constater que la condition de l’accord des créanciers est remplie. La jurisprudence rappelle que le tribunal doit vérifier le respect des intérêts des différentes classes. « 26. En second lieu, l’article L. 626-31 du même code prescrit, en son 2°, au tribunal, lorsqu’il arrête le plan qui a été soumis au vote des classes de parties affectées, de vérifier que celles-ci, partageant une communauté d’intérêt suffisante au sein de la même classe, bénéficient d’une égalité de traitement et sont traitées de manière proportionnelle à leur créance ou à leur droit » (Cass. Chambre commerciale financière et économique, le 1 octobre 2025, n°24-18.021). Le tribunal de Nice s’assure ainsi que le processus consultatif a été loyal et conforme à la loi.

L’appréciation de la viabilité du plan
Le tribunal examine ensuite la cohérence et la réalisme des propositions de redressement. L’objectif est de garantir la pérennité de l’entreprise et le recouvrement des créances. Le plan prévoit l’apurement intégral du passif sur une durée de dix années. Les annuités sont progressives, commençant à trois pour cent pour atteindre treize pour cent en fin de période. Le tribunal prend acte des prévisions financières établies pour la période 2025-2034. Ces prévisions font état d’un chiffre d’affaires annuel moyen compris entre 1,9 et 2,3 millions d’euros. Le résultat d’exploitation prévu apparaît suffisant pour supporter les échéances proposées. La trésorerie disponible au 30 septembre 2025 s’élève à 129 804 euros. Le tribunal note également l’absence de nouvelles dettes soumises à déclaration pendant la période d’observation. Tous les organes de la procédure, dont le ministère public, ont émis un avis favorable. Le juge estime donc que le plan assure le redressement dans de bonnes conditions. Il permet la poursuite de l’activité, la sauvegarde de l’emploi et le paiement des créanciers.

Les garanties et le contrôle de l’exécution
Le tribunal impose enfin des mesures de garantie et un suivi strict pour sécuriser l’exécution du plan. Ces mesures visent à protéger les intérêts des créanciers pendant toute la durée du plan. La principale garantie consiste en l’inaliénabilité du fonds de commerce de la société débitrice. Le prononce, sur le fondement de l’article L. 626-14 du Code de commerce, l’inaliénabilité des actifs et du fonds de commerce du débiteur pendant toute la durée du plan. Cette mesure empêche toute cession des actifs essentiels sans apurement préalable du passif. Un commissaire à l’exécution du plan est désigné pour en contrôler le déroulement. La société devra verser des provisions mensuelles entre les mains de ce commissaire. Elle devra également fournir régulièrement ses situations d’exploitation et de trésorerie. Une attestation annuelle de l’expert-comptable certifiera l’absence de nouvelles dettes. Le défaut de paiement d’une provision entraînera la mise en recouvrement après mise en demeure. Ces dispositions créent un cadre contraignant pour le débiteur. Elles offrent aux créanciers une sécurité renforcée quant au respect des engagements pris.

Ce jugement illustre le pouvoir souverain du tribunal pour apprécier la viabilité d’un plan. La validation repose sur une adhésion majoritaire des créanciers et des prévisions sérieuses. Les mesures de contrôle et de garantie accompagnent nécessairement l’arrêté du plan. La décision assure un équilibre entre la sauvegarde de l’entreprise et les droits des créanciers. Elle démontre l’importance d’un dossier financier solide et d’une consultation loyale. Le tribunal use de son pouvoir d’appréciation pour valider un échéancier progressif sur dix ans. La portée de cette décision est de confirmer la flexibilité des modalités de paiement possibles. Elle souligne aussi le rôle central du commissaire à l’exécution pour le suivi du plan.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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