Tribunal de commerce de Marseille, le 19 novembre 2025, n°2025P01155

Le Tribunal des Activités Économiques de Marseille, statuant le 19 novembre 2025, ouvre une procédure de redressement judiciaire. La juridiction constate l’état de cessation des paiements de la société débitrice après examen en chambre du conseil. La décision organise les modalités pratiques de la procédure et fixe une période d’observation. Elle soulève la question de l’appréciation de la cessation des paiements et des conséquences procédurales qui en découlent.

La caractérisation souveraine de l’état de cessation des paiements

La constatation d’une impossibilité de faire face au passif exigible. Le tribunal fonde sa décision sur l’impossibilité pour la débitrice d’honorer son passif. « il résulte des pièces produites et des informations recueillies en Chambre du Conseil que la débitrice est dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible » (Motifs). Cette appréciation in concreto est laissée à la souveraine appréciation des juges du fond. Elle nécessite une comparaison entre l’actif liquide ou immédiatement disponible et les dettes certaines et exigibles.

Une appréciation qui exclut une approche par présomption. La décision se distingue d’une approche purement présomptive. Elle s’appuie sur un examen concret des pièces et des informations recueillies. Cette méthode est conforme à la jurisprudence qui exige des éléments positifs. « aucun élément ne permettait de connaître l’actif disponible, ni même l’étendue du passif exigible, et, par voie de conséquence, de caractériser l’état de cessation des paiements » (Cour d’appel de Douai, le 27 février 2025, n°24/03017). La présente décision semble répondre à cette exigence par son instruction en chambre du conseil.

L’organisation procédurale consécutive à l’ouverture de la procédure

La mise en place d’un cadre rigoureux pour la période d’observation. Le tribunal déploie l’ensemble des mesures d’administration de la procédure. Il désigne les organes de la procédure et fixe la date de cessation des paiements. Il impose au débiteur l’établissement de listes précises de ses créanciers et de ses biens. Le juge organise également le contrôle futur de la poursuite d’activité. Il fixe une audience de vérification des capacités financières de l’entreprise.

Un dispositif orienté vers la préservation des chances de redressement. La décision instaure un équilibre entre contrôle et accompagnement. Elle impose des obligations strictes de production de documents comptables. Elle prévient aussi des conséquences d’un manquement à ces obligations. « l’absence de justifications par le débiteur de ses capacités financières suffisantes pour permettre le financement de son activité durant la période d’observation pourra entraîner d’office la conversion en liquidation judiciaire » (Dispositif). Cette rigueur vise à garantir l’efficacité du processus de observation et à éviter les reports illusoires.

La portée de cette décision réside dans sa démonstration par l’exemple. Elle illustre la méthode concrète d’appréciation de la cessation des paiements par les tribunaux. Elle montre également la mise en œuvre systématique du cadre procédural du redressement judiciaire. La décision agit comme un garde-fou en conditionnant le maintien de la période d’observation à la preuve de capacités financières réelles. Elle participe ainsi à la sécurisation du processus collectif dans l’intérêt de tous les créanciers.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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