Tribunal de commerce de Évreux, le 20 novembre 2025, n°2025L00634

Le tribunal de commerce d’Évreux, par jugement du 20 novembre 2025, statue sur le sort d’une procédure de sauvegarde. La période d’observation avait été renouvelée jusqu’au 24 avril 2026 lors d’une précédente décision. Le mandataire judiciaire déplore l’absence d’informations et d’inventaire depuis l’ouverture. Le tribunal maintient finalement l’entreprise en période d’observation et convoque une nouvelle audience pour février 2026. Il impose au dirigeant des obligations strictes de communication d’ici cette date.

La souplesse du maintien en observation face aux carences informationnelles

Le tribunal privilégie la continuation de la procédure malgré des éléments inquiétants. L’absence d’inventaire et le défaut d’informations sur l’évolution financière sont pourtant notoires. Le mandataire a dû solliciter la désignation d’un commissaire de justice pour établir l’inventaire. Malgré ces lacunes, l’avis favorable du ministère public et la nécessité d’attendre des documents justifient la décision. Le maintien en observation révèle une volonté de ne pas précipiter la liquidation.

La recherche d’une image fidèle par l’inventaire imposé

La carence documentaire est centrale dans la motivation du tribunal. L’inventaire n’ayant toujours pas été déposé, le mandataire est contraint de demander une mesure coercitive. Cette situation rappelle que des bilans incomplets peuvent masquer la réalité patrimoniale. Une jurisprudence souligne qu’une comptabilité ne donnant pas une image fidèle est critiquable. « Cette comptabilité ne donne donc pas une image fidèle de la situation de la société » (Cour d’appel de Toulouse, le 18 mars 2025, n°24/02312). L’ordonnance d’un inventaire vise à pallier ce risque.

Le cadre strict de la prolongation et ses conditions suspensives

La décision est un maintien conditionné, assorti d’exigences procédurales renforcées. Le tribunal fixe une audience de suivi à une date précise pour statuer sur l’issue définitive. Il édicte des obligations précises pour le dirigeant, avec des délais stricts pour le dépôt d’un rapport et d’un éventuel plan. La communication directe aux acteurs de la procédure est imposée pour plus d’efficacité. Ce cadre rigoureux transforme le maintien en une ultime chance sous surveillance.

L’anticipation des scénarios d’échec et la sanction des carences

La décision prévoit explicitement les conséquences d’une dégradation ou d’une inertie persistante. Le jugement mentionne les issues possibles en février, dont la liquidation en cas de redressement impossible. Il renvoie spécifiquement à l’article L.631-15 II du code de commerce en cas de difficultés de paiement. Cette référence anticipe un possible basculement vers un autre régime procédural. Une jurisprudence rappelle que l’absence de plan et l’expiration de l’observation peuvent mener à la liquidation. « En l’absence de projet de plan déposé (…) et alors que la durée de la période d’observation a expiré (…) la situation (…) apparaît manifestement insusceptible de redressement » (Cour d’appel de Pau, le 28 janvier 2025, n°24/01681). Le maintien actuel est donc une mesure transitoire et précaire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture