Tribunal de commerce de Bordeaux, le 10 décembre 2025, n°2025L04755

Le Tribunal de commerce de Bordeaux, statuant en cinquième chambre le 10 décembre 2025, a examiné la suite à donner à la période d’observation ouverte à l’encontre d’une société exploitant un fonds de commerce dans la restauration. Le mandataire judiciaire et le juge commissaire se sont prononcés en faveur de la poursuite de l’activité. Le tribunal a maintenu la période d’observation jusqu’au 5 mai 2026, considérant les capacités de financement suffisantes de la société.

L’appréciation des conditions de la poursuite d’activité
Le tribunal fonde sa décision sur une analyse concrète de la situation financière et des perspectives de la société. Il relève notamment la mise en œuvre de mesures de restructuration pour optimiser les charges et l’existence de prévisionnels projetant des résultats bénéficiaires. La décision souligne que « la société dispose de capacités de financement suffisantes pour la poursuite de la période d’observation précédemment déterminée » (Motifs). Cette appréciation positive contraste avec les cas où l’absence de documents probants entraîne une issue défavorable. En effet, une autre juridiction a pu constater qu’un prévisionnel n’était « pas fondé sur une comptabilité donnant une image fidèle de la société et qu’il n’est donc pas crédible » (Cour d’appel de Toulouse, le 18 mars 2025, n°24/02312). La présente décision montre ainsi que le juge admet la continuation lorsque les projections sont étayées et crédibles.

La portée de l’avis des organes de la procédure
La solution retenue s’inscrit dans le cadre d’une convergence des positions des différents acteurs. Le tribunal a recueilli l’avis favorable du mandataire judiciaire, qui a indiqué « être favorable à la poursuite de l’activité », ainsi que celui du juge commissaire. Cette concordance des analyses a nécessairement pesé dans la balance. La décision illustre l’importance du rôle consultatif de ces organes, dont les conclusions, lorsqu’elles sont unanimes, orientent fortement le juge vers une solution de maintien. À l’inverse, l’absence de coopération du débiteur, privant ces mêmes organes d’informations essentielles, peut conduire à une appréciation radicalement différente de la possibilité de redressement.

Les implications procédurales du maintien de l’observation
En maintenant la période d’observation, le tribunal offre à la société un délai supplémentaire pour concrétiser ses projets de restructuration. La convocation à une audience ultérieure est fixée, conformément à la loi, pour réexaminer la situation. Cette décision procédurale a pour effet de prolonger la période de protection contre les poursuites individuelles. Elle permet à la société de poursuivre sa recherche d’un nouveau local, élément clé de son plan de redressement évoqué à l’audience. Le juge fait ainsi preuve d’une certaine bienveillance, accordant un sursis pour permettre la mise en œuvre des mesures envisagées, dès lors qu’un commencement de preuve de leur viabilité est apporté.

La valeur de la décision réside dans son approche pragmatique et équilibrée. Elle rappelle que la continuation de l’observation n’est pas automatique mais subordonnée à une démonstration de la crédibilité du redressement. Elle souligne également le poids des avis concordants des organes de la procédure dans la prise de décision du juge. Enfin, cette décision illustre la marge de manœuvre laissée au tribunal pour adapter le calendrier procédural aux efforts sincères du débiteur, dans l’objectif ultime de préserver l’entreprise et l’emploi.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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