Tribunal de commerce de Bordeaux, le 10 décembre 2025, n°2025L02428

Le Tribunal de commerce de Bordeaux, statuant le 10 décembre 2025, a renouvelé la période d’observation d’une société en redressement judiciaire. La société, dépourvue de créance, sollicitait ce renouvellement pour régler les frais de procédure et sortir du redressement. Le mandataire judiciaire y était favorable sous condition, tandis que le juge commissaire proposait la liquidation. Le tribunal a finalement renouvelé l’observation jusqu’au 18 juin 2026 avec poursuite de l’activité.

Le renouvellement malgré des éléments défavorables

La décision écarte une conversion immédiate en liquidation. Le juge commissaire avait pourtant émis un avis défavorable en raison d’une dette postérieure et d’un manque d’implication du dirigeant. Le tribunal a néanmoins suivi la demande de la société et l’avis conditionnel du mandataire judiciaire. Ce choix illustre la marge d’appréciation laissée au juge pour favoriser la continuation de l’entreprise.

La primauté de l’objectif de redressement sur les délais

Le tribunal admet un renouvellement après l’expiration du délai initial. La période d’observation fixée à six mois était en effet écoulée depuis le 18 décembre 2025. Cette solution est conforme à l’esprit du droit des entreprises en difficulté. « Les dispositions du livre VI du code de commerce relatif aux difficultés des entreprises ne sanctionnent ni le dépassement des délais de la période d’observation ni sa prolongation exceptionnelle » (Cour d’appel de Paris, le 18 février 2025, n°24/13320). La procédure privilégie ainsi l’examen des chances de redressement.

La condition substantielle de la poursuite d’activité

Le renouvellement est subordonné à la réalité de l’exploitation. Le tribunal ordonne explicitement la « poursuite de l’activité » dans son dispositif. Cette condition est essentielle pour justifier le maintien en observation. Une jurisprudence rappelle que « La poursuite d’activité pendant la période d’observation suppose que le débiteur ne crée pas de nouvelles dettes, qu’il poursuive effectivement son activité » (Cour d’appel de Riom, le 5 février 2025, n°24/01194). L’existence d’une dette postérieure, relevée par le juge commissaire, pourrait remettre en cause ce critère.

La portée pragmatique d’une décision conditionnelle

La décision offre un ultime sursis pour régulariser la situation. Elle permet à la société de justifier du paiement intégral des frais de procédure, condition posée par le mandataire. Le tribunal convoque les parties à une audience ultérieure pour contrôler cette exécution. Cette approche donne une chance de sauvegarde tout en maintenant une pression procédurale. Elle évite une liquidation jugée prématurée si le redressement reste possible.

La valeur d’une interprétation favorable à la continuité

L’arrêt confirme une interprétation téléologique des textes. Il aligne la solution sur l’objectif de préservation de l’entreprise et du paiement des créanciers. « L’esprit de la loi vise à favoriser la poursuite de l’activité de l’entreprise et le remboursement de ses créanciers » (Cour d’appel de Paris, le 18 février 2025, n°24/13320). Le formalisme des délais cède ainsi le pas à l’appréciation concrète des circonstances. Cette souplesse procédurale sert finalement l’intérêt collectif des parties prenantes.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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