Tribunal de commerce de Angoulême, le 20 novembre 2025, n°2024005764

Le Tribunal de commerce d’Angoulême, statuant le 20 novembre 2025, a été saisi d’un litige relatif à l’exécution d’un contrat de création de site internet. La société cliente demandait la résolution du contrat pour inexécution et la caducité d’un contrat de location interdépendant. Le tribunal a rejeté ces demandes, considérant la prestation comme exécutée, et a condamné la cliente au paiement des loyers dus à la société cessionnaire du contrat ainsi qu’à des frais de procédure.

La force probante de l’acte de réception sans réserve

La décision consacre la valeur juridique d’un procès-verbal de livraison et de conformité régularisé sans réserve. Le tribunal retient que cet acte atteste de la bonne exécution contractuelle par le prestataire. « En entérinant ce document sans aucune opposition ni aucune réserve, la société [D] MTS (MECANIQUE TRANSMISSION SERVICE) a engagé sa responsabilité à l’égard de la SAS COHERENCE COMMUNICATION » (Motifs, I). Cet acte constitue une présomption de conformité des travaux livrés à la date de son établissement. La portée de cette solution est de sécuriser les relations contractuelles en sanctionnant l’acquiescement du bénéficiaire. Elle rejoint une jurisprudence constante sur la réception des travaux. « L’existence d’un procès-verbal de réception traduit l’acceptation par le maître de l’ouvrage des travaux dans l’état dans lesquels ils se trouvaient » (Cour d’appel de Toulouse, le 30 janvier 2025, n°24/00426). La signature sans réserve vaut ainsi acceptation définitive, sauf à démontrer un vice caché.

Les effets de la cession de contrat sur les obligations du débiteur

Le jugement précise les effets d’une cession de contrat sur le débiteur cédé. Le tribunal valide le transfert de la créance de loyer vers la société financeuse, devenue cessionnaire. « La SAS [H] – Location Automobiles et Matériels est ainsi devenue créancière de la société [D] MTS (MECANIQUE TRANSMISSION SERVICE) en vertu dudit contrat » (Motifs, II). L’engagement initial du débiteur est maintenu intégralement au profit du nouveau créancier. La valeur de cette analyse est de rappeler le principe de l’opposabilité de la cession au débiteur, dès lors qu’elle est régulière. La portée en est pratique, assurant la fluidité des financements par cession de créances. Le débiteur ne peut se soustraire à son obligation de paiement en invoquant un litige avec le cédant originaire. La solution insiste sur l’effet loi du contrat, rappelant que « les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits » (Motifs, II, article 1103 du Code civil). L’opération de cession ne modifie pas la substance de son obligation.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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