Cour d’assises : comment contester la régularité de la question subsidiaire et protéger ses droits

La procédure devant la cour d’assises comporte des règles spécifiques dont le non-respect peut conduire à l’annulation de l’arrêt de condamnation. Parmi les points de vigilance essentiels pour la défense, la question subsidiaire — c’est-à-dire la possibilité pour le président de la cour d’assises de soumettre au jury une qualification pénale alternative — mérite une attention particulière. Quels sont les droits de l’accusé face à cette question, et quels réflexes adopter pour contester sa régularité ?

La question subsidiaire : de quoi s’agit-il ?

Lorsqu’un accusé comparaît devant la cour d’assises pour un crime — par exemple un meurtre ou un viol —, le président peut décider de soumettre au jury une question portant sur une infraction moins grave résultant des mêmes faits. Il pourrait ainsi poser une question subsidiaire sur des violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, ou sur une agression sexuelle plutôt qu’un viol. Cette prérogative est encadrée par l’article 351-1 du Code de procédure pénale.

La conséquence directe pour l’accusé est considérable : en cas de réponse négative à la question principale mais positive à la question subsidiaire, la condamnation portera sur l’infraction subsidiaire, avec un quantum de peine potentiellement différent. Il est donc essentiel de faire appel à un avocat maîtrisant la procédure devant la cour d’assises pour anticiper et contester ces requalifications.

L’obligation d’informer la défense avant le réquisitoire

La Cour de cassation a rendu un arrêt majeur le 1er octobre 2025 (n° 24-81.246) en cassant un arrêt d’assises au motif que la question subsidiaire n’avait pas été communiquée aux parties avant le réquisitoire. La chambre criminelle a jugé que cette exigence découle directement du droit à un procès équitable garanti par l’article 6, paragraphe 3, de la Convention européenne des droits de l’homme. L’accusé doit être informé en temps utile de la nature de l’accusation portée contre lui, y compris des qualifications alternatives que le jury sera invité à examiner.

En pratique, si le président pose une question subsidiaire sans en avoir préalablement informé la défense, l’avocat doit immédiatement soulever un incident contentieux sur le fondement de l’article 352 du Code de procédure pénale. Ce réflexe procédural est déterminant : dans un arrêt du 5 février 2025 (n° 23-85.137, publié au Bulletin), la Cour de cassation a rappelé que le moyen tiré de l’absence de question subsidiaire ne peut être invoqué pour la première fois en cassation si l’accusé n’a pas soulevé cette contestation pendant les débats.

Les autres vices de procédure à surveiller devant les assises

Au-delà de la question subsidiaire, la défense doit vérifier plusieurs points essentiels au cours du procès d’assises. La composition du jury est un premier axe de contestation. Par un arrêt du 26 mars 2025 (n° 24-83.369), la Cour de cassation a annulé un arrêt en raison de la participation irrégulière d’un stagiaire au délibéré avec voix consultative, rappelant que cette participation est interdite devant la cour d’assises.

Le droit au silence constitue un second point de vigilance majeur. La chambre criminelle a censuré un arrêt de la cour d’assises du Haut-Rhin le 26 février 2025 (n° 24-82.097) parce que l’accusé n’avait pas été informé de son droit de se taire conformément à l’article 328 du Code de procédure pénale. Cette omission a été qualifiée de vice de procédure causant nécessairement grief, entraînant la cassation sans qu’il soit besoin de prouver un préjudice concret.

Enfin, la motivation de l’arrêt d’assises fait l’objet d’un contrôle renforcé depuis la loi du 10 août 2011. La Cour de cassation vérifie l’absence de contradiction entre les réponses aux questions et la feuille de motivation (Cass. crim., 21 mai 2025, n° 23-81.624). Toute incohérence constitue un moyen de cassation potentiel.

Les réflexes à adopter pour la défense

Face à ces enjeux, la préparation du procès d’assises nécessite une vigilance procédurale constante. L’avocat de la défense doit vérifier la composition du jury dès sa constitution, s’assurer de l’information effective de l’accusé sur ses droits, et surveiller attentivement la formulation des questions soumises au jury. L’intervention de nos avocats pénalistes à Paris dès le stade de l’instruction permet de préparer en amont les moyens de nullité susceptibles d’être soulevés à l’audience.

Si vous êtes renvoyé devant la cour d’assises ou si un proche fait l’objet d’une accusation criminelle, il est essentiel de solliciter l’assistance d’un avocat expérimenté le plus tôt possible. Chaque irrégularité procédurale identifiée peut constituer un levier de défense déterminant pour obtenir la cassation d’un arrêt de condamnation ou l’acquittement lors du procès de renvoi.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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