Clause résolutoire du bail d’habitation : conditions, procédure et recours | Avocat à Paris

La clause résolutoire dans le bail d’habitation : un mécanisme encadré par la loi

La clause résolutoire constitue l’un des dispositifs les plus fréquemment invoqués dans le contentieux locatif. Prévue à l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, elle permet au bailleur d’obtenir la résiliation automatique du bail en cas de manquement grave du locataire à ses obligations. Toutefois, le législateur a progressivement renforcé les garanties procédurales entourant sa mise en œuvre, afin de protéger le droit au logement du preneur. Comprendre les conditions de validité et d’acquisition de la clause résolutoire est essentiel pour le propriétaire comme pour le locataire confronté à une procédure d’expulsion.

Les cas d’ouverture de la clause résolutoire

L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi ALUR du 24 mars 2014 puis par la loi du 27 juillet 2023, énumère limitativement les manquements pouvant fonder la mise en jeu de la clause résolutoire. Le premier et le plus courant est le défaut de paiement du loyer et des charges aux termes convenus. Le locataire qui accumule des arriérés de loyer s’expose à la délivrance d’un commandement de payer visant la clause résolutoire.

Le deuxième cas concerne le défaut de souscription d’une assurance locative. Le locataire est tenu, en vertu de l’article 7 g) de la loi du 6 juillet 1989, de s’assurer contre les risques locatifs. Le non-respect de cette obligation peut également justifier la mise en œuvre de la clause résolutoire, après un commandement resté infructueux pendant un mois.

Le troisième cas vise le non-respect de l’obligation d’user paisiblement des locaux loués, lorsque des troubles de voisinage constatés par décision de justice sont imputables au locataire. Enfin, depuis la loi du 27 juillet 2023, le non-respect de l’interdiction de sous-louer le logement sans l’accord écrit du bailleur constitue un nouveau cas d’ouverture.

Le commandement de payer : formalisme et délais

La mise en jeu de la clause résolutoire pour impayés de loyer suppose la délivrance préalable d’un commandement de payer par acte d’huissier de justice. Ce commandement doit impérativement reproduire, à peine de nullité, certaines mentions prescrites par l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989. Il doit notamment indiquer le montant des sommes réclamées, le délai de six semaines dont dispose le locataire pour régulariser sa situation, et mentionner la possibilité de saisir le Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL).

Depuis la loi du 27 juillet 2023, le délai laissé au locataire pour régler ses arriérés est passé de deux mois à six semaines à compter de la signification du commandement. Ce commandement doit également être notifié à la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions Locatives (CCAPEX) par l’huissier. Le non-respect de cette formalité n’entraîne pas la nullité du commandement, mais constitue une irrégularité susceptible d’être soulevée.

Si le locataire ne régularise pas sa dette dans le délai de six semaines, la clause résolutoire est réputée acquise de plein droit, sous réserve du contrôle du juge.

Le rôle du juge : un pouvoir de contrôle et de suspension

Contrairement à une idée reçue, l’acquisition de la clause résolutoire n’entraîne pas automatiquement l’expulsion du locataire. Le bailleur doit saisir le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation du bail et obtenir l’expulsion. Le juge dispose de pouvoirs importants pour moduler les effets de la clause résolutoire.

En premier lieu, le juge vérifie la régularité formelle du commandement de payer et s’assure que toutes les mentions obligatoires figurent dans l’acte. Il contrôle également la réalité et le montant de la dette locative invoquée. Un commandement irrégulier ou portant sur des sommes indues peut être déclaré nul, ce qui prive la clause résolutoire de tout effet.

En second lieu, le juge peut accorder au locataire des délais de paiement pouvant aller jusqu’à trois ans, en application de l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989. Si le locataire respecte l’échéancier fixé par le juge et apure intégralement sa dette, la clause résolutoire est réputée n’avoir jamais produit effet. Le bail reprend alors son cours normal, comme si aucune procédure n’avait été engagée.

Le juge apprécie souverainement l’opportunité d’accorder ces délais en tenant compte de la situation du locataire, de sa bonne foi, et de sa capacité à reprendre le paiement régulier des loyers courants tout en apurant progressivement les arriérés.

Les conséquences de la clause résolutoire acquise

Lorsque la clause résolutoire est définitivement acquise, le juge constate la résiliation du bail et ordonne l’expulsion du locataire. Le jugement fixe généralement un délai pour quitter les lieux, qui ne peut être inférieur à un mois. Le locataire peut toutefois solliciter des délais supplémentaires pouvant aller jusqu’à trois ans en cas de circonstances exceptionnelles, au titre de l’article L. 412-4 du Code des procédures civiles d’exécution.

Le locataire qui se maintient dans les lieux après la résiliation du bail est redevable d’une indemnité d’occupation, dont le montant est fixé par le juge. Cette indemnité correspond généralement au montant du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail avait continué, mais le juge peut la fixer à un montant différent selon les circonstances.

Il convient de souligner que la trêve hivernale, qui s’étend du 1er novembre au 31 mars de chaque année, suspend l’exécution des mesures d’expulsion, sauf exceptions prévues par la loi. Le bailleur doit donc anticiper cette contrainte dans le calendrier de sa procédure.

Les moyens de défense du locataire

Face à une procédure de clause résolutoire, le locataire dispose de plusieurs moyens de défense. Il peut contester la régularité du commandement de payer, en soulevant l’absence de mentions obligatoires ou une erreur dans le décompte des sommes réclamées. Il peut également contester le montant de la dette en invoquant des charges indûment réclamées, des quittances non délivrées, ou l’exception d’inexécution lorsque le bailleur manque lui-même à ses obligations.

Le locataire peut par ailleurs invoquer la compensation entre la dette de loyers et les créances qu’il détient contre le bailleur, notamment au titre de travaux qu’il aurait avancés ou de préjudices subis du fait du manquement du bailleur à son obligation de délivrance ou d’entretien.

Enfin, le locataire peut solliciter des délais de paiement avant que la clause ne soit définitivement acquise. La saisine du FSL ou d’une association agréée d’aide aux locataires peut également constituer un élément favorable dans l’appréciation du juge.

L’accompagnement par un avocat en contentieux locatif à Paris

Que vous soyez bailleur souhaitant faire valoir vos droits face à un locataire défaillant, ou locataire confronté à un commandement de payer visant la clause résolutoire, l’intervention d’un avocat compétent en contentieux du bail d’habitation à Paris est déterminante. L’avocat analyse la régularité de la procédure, évalue les chances de succès des différents moyens de défense ou d’action, et accompagne son client devant le juge des contentieux de la protection.

Pour le bailleur, l’avocat veille à la conformité du commandement de payer et à la solidité du dossier présenté devant le juge. Pour le locataire, il identifie les irrégularités procédurales exploitables et négocie des délais de paiement adaptés à la situation financière de son client. Dans les deux cas, la maîtrise des subtilités procédurales de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 conditionne largement l’issue du litige.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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