Cour d’appel administrative de Bordeaux, le 12 juin 2025, n°24BX00639

Par un arrêt rendu le 12 juin 2025, la Cour administrative d’appel de Bordeaux se prononce sur la légalité d’un permis de construire. Le litige oppose des riverains à une commune ayant autorisé l’édification d’une résidence senior sur plusieurs parcelles cadastrées. Le maire a délivré l’autorisation le 20 juin 2022 après une demande de pièces complémentaires déposée par la société pétitionnaire. Le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté le recours des voisins le 17 janvier 2024 par un premier jugement. Les requérants invoquent l’insuffisante motivation de l’acte, l’incomplétude du dossier et l’illégalité par exception du plan local d’urbanisme. La juridiction d’appel doit déterminer si la procédure de modification simplifiée du zonage respecte les dispositions du code de l’urbanisme. Elle examine d’abord la régularité de l’autorisation d’urbanisme avant d’apprécier la légalité de son fondement juridique.

I. La régularité de l’autorisation d’urbanisme contestée

A. La validité de l’instruction et de la motivation de l’acte

La Cour administrative d’appel de Bordeaux précise d’abord les conditions de naissance d’un permis tacite lors de la phase d’instruction. Elle rappelle que la production de pièces manquantes dans le délai imparti fixe le point de départ du délai d’instruction. « C’est à cette date que le délai d’instruction de cinq mois a commencé à courir » suite à la régularisation du dossier. L’acte exprès étant intervenu avant ce terme, aucun retrait illégal de permis tacite ne peut être valablement invoqué par les requérants. Concernant la motivation, les juges estiment que l’annexion des avis techniques suffit à éclairer le bénéficiaire sur les prescriptions imposées. « La motivation exigée (…) résulte directement du contenu même de ces prescriptions » sans qu’une rédaction supplémentaire de l’autorité ne soit nécessaire.

B. La complétude suffisante du dossier de demande

L’insuffisance d’un dossier de permis n’entraîne l’illégalité de l’autorisation que si elle a faussé l’appréciation du service instructeur. La juridiction d’appel confirme ici que les documents relatifs aux démolitions permettaient une compréhension exacte de l’emprise du projet architectural. « L’ensemble des éléments à démolir y sont précisément indiqués » malgré l’absence de certains détails sur les planches photographiques produites. Quant à la gestion des eaux pluviales, la présence d’une notice hydraulique dédiée assure la régularité de la demande de permis. La Cour administrative d’appel de Bordeaux considère que les omissions reprochées n’ont pas empêché la vérification de la conformité du projet.

II. La légalité du fondement juridique du permis de construire

A. L’inopérance des normes acoustiques et la sécurité des accès

Le juge administratif réaffirme le principe de l’indépendance des législations s’agissant des règles d’insonorisation issues de la loi du 31 décembre 1992. Le permis de construire « n’a pas pour objet, en vertu de l’indépendance des législations, d’assurer le respect de ces normes ». Le règlement de la zone ne peut ainsi servir de fondement à l’annulation d’une autorisation relevant strictement du droit de l’urbanisme. Concernant la sécurité publique, la Cour juge que la configuration des voies d’accès ne présente pas de danger particulier pour les usagers. Les prescriptions émises par les services de secours garantissent une desserte suffisante pour la protection des futurs résidents de l’immeuble.

B. La régularité de la modification simplifiée du plan local d’urbanisme

Le litige portait enfin sur la légalité de la procédure de modification simplifiée ayant permis d’augmenter la hauteur des constructions. Les requérants soutenaient qu’une telle évolution du règlement imposait une procédure de révision ou une modification de droit commun. Toutefois, la juridiction considère que la création d’un sous-secteur restreint ne modifie pas les orientations générales du projet d’aménagement. Cette évolution réglementaire n’a pas pour effet « de majorer de plus de 20 % les possibilités de construction » dans la zone concernée. La Cour administrative d’appel de Bordeaux valide ainsi le recours à la procédure simplifiée pour répondre aux besoins locaux du vieillissement.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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