Tribunal de commerce de Bobigny, le 1 janvier 2025, n°2024L02769

La décision du Tribunal de commerce de Bobigny en date du 1er janvier 2025 statue sur une demande de jonction d’instances dans le cadre d’une procédure collective. Le tribunal avait préalablement ouvert une procédure de redressement judiciaire à l’encontre d’une société par un jugement du 1er août 2024. Ce même jugement avait indiqué la date d’une audience destinée à statuer sur l’application de l’article L. 631-15-I du code de commerce. Saisi d’une demande, le juge examine l’opportunité de joindre cette instance à une autre affaire pendante. La question posée est de savoir dans quelles conditions le juge peut ordonner une jonction d’instances dans le cadre d’une procédure collective. Le tribunal accueille la demande, estimant qu’il existe entre les litiges un lien justifiant une instruction et un jugement communs, et ordonne la jonction avec l’affaire portée sous le numéro 2024L04332.

**Les conditions légales de la jonction d’instances**

Le tribunal rappelle le fondement légal de son pouvoir d’ordonner la jonction. Il souligne que cette mesure peut être prise à la demande des parties ou d’office. Le texte exige l’existence d’un lien entre les litiges. Ce lien doit être tel que la jonction serve « l’intérêt d’une bonne justice ». La formulation retenue par le juge reprend les termes généraux de la procédure civile. Son application en matière collective n’est pas spécifiquement modifiée. Le juge dispose ainsi d’un pouvoir d’appréciation pour évaluer ce lien. Il doit vérifier que l’instruction et le jugement conjoints des affaires présentent un intérêt. Cet intérêt peut résider dans une économie de moyens procéduraux. Il peut aussi viser à éviter des solutions contradictoires. La décision montre une application souple de ce critère. Le tribunal ne détaille pas la nature du lien dans ses motifs. Il se contente d’affirmer que les affaires doivent faire l’objet d’une décision commune. Cette approche confirme la marge d’appréciation laissée au juge. Elle permet une gestion pragmatique du contentieux connexe.

**Les effets de la jonction dans le cadre procédural spécifique**

La décision produit des effets immédiats et différés. Le tribunal ordonne la jonction technique des deux dossiers. Il reporte toutefois l’examen du fond du litige. Le jugement précise que les droits et moyens des parties sont réservés. Cette rédaction est classique en cas de jonction. Elle garantit que la mesure n’affecte pas le fond des prétentions. La particularité tient au contexte de procédure collective. La jonction intervient dans le cadre d’une audience dédiée à l’article L. 631-15-I. Cette disposition organise le sort des contrats en cours. La question de la jonction se pose donc en amont d’un débat substantiel. Le tribunal veille à ne pas préjuger de l’instance principale. Il laisse les dépens en frais privilégiés de la procédure collective. Cette qualification est logique. La demande de jonction est un incident de la procédure principale. Son coût s’intègre donc aux frais de la collective. La décision assure une coordination efficace des contentieux. Elle évite une fragmentation des débats devant la même juridiction.

**La portée pratique d’une gestion judiciaire regroupée**

Cette décision illustre l’importance des pouvoirs d’administration du juge. La jonction est un outil de bonne gestion procédurale. Elle prend tout son sens en matière complexe comme les procédures collectives. Les litiges y sont souvent multiples et techniques. Le risque d’incohérence entre des décisions séparées est réel. Le juge utilise son pouvoir pour centraliser l’examen des questions liées. Cette pratique favorise une vision d’ensemble du dossier du débiteur. Elle peut accélérer le traitement de contentieux essentiels. La solution retenue est conforme à l’économie générale du droit des entreprises en difficulté. Celui-ci privilégie une approche collective et coordonnée. La décision s’inscrit dans cette logique de célérité et de cohérence. Elle ne présente pas de caractère de principe notable. Elle applique une règle procédurale classique à un contexte spécialisé. Son intérêt réside dans la démonstration de l’adaptabilité des instruments procéduraux. Le juge les mobilise pour les besoins spécifiques de la procédure collective.

**Les limites d’un contrôle restreint sur l’appréciation du lien**

La motivation succincte de l’arrêt peut interroger. Le tribunal ne caractérise pas le lien entre les instances. Il se borne à constater la nécessité d’une décision commune. Cette brièveté limite les possibilités de contrôle. Elle est pourtant habituelle pour ce type de décision incidente. L’appréciation du lien relève de l’opportunité. Elle est largement discrétionnaire. Un contrôle en cassation serait probablement restreint à l’erreur manifeste. La solution paraît donc peu contestable sur le plan juridique. Elle pourrait toutefois être critiquée sur un plan pratique. L’absence de motivation détaillée peut laisser les parties dans l’incertitude. Elle ne permet pas de cerner le périmètre exact des questions jugées liées. Cette approche minimaliste est cependant courante. Elle évite d’alourdir inutilement une décision préparatoire. Le juge conserve sa liberté pour le débat sur le fond. La décision remplit ainsi son office principal. Elle organise le procès sans en affecter le fond.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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