Cour d’appel de Douai, le 3 mars 2011, n°10/05867

Un couple marié en 2004 a eu une enfant en 2006. Le père a introduit une requête en divorce. Le juge aux affaires familiales a rendu une ordonnance de non-conciliation en février 2010. Il a fixé la résidence habituelle de l’enfant chez le père. Il a également ordonné une enquête sociale. Par une ordonnance du 20 juillet 2010, le même juge a confirmé cette résidence. Il a précisé les modalités du droit de visite de la mère. Il a aussi dispensé cette dernière du versement d’une pension alimentaire. La mère a interjeté appel de cette décision le 9 août 2010. Par la suite, les parties sont parvenues à un accord. La mère a demandé à la cour de constater son désistement d’appel. Le père a accepté ce désistement et a renoncé à son appel incident. Il a demandé la constatation de l’extinction de l’instance. La question se posait de savoir quels étaient les effets juridiques de ce double désistement sur la procédure d’appel et sur la décision attaquée. La Cour d’appel de Douai, dans un arrêt du 3 mars 2011, a constaté le désistement et l’extinction de l’instance. Elle a laissé chaque partie à la charge de ses propres dépens. Cette solution mérite d’être analysée dans son application des règles procédurales puis dans ses implications pratiques.

L’arrêt applique strictement les dispositions du code de procédure civile relatives au désistement. La cour relève que l’appelante “a déclaré se désister de son appel” et que l’intimé “a accepté ce désistement”. Elle en déduit que “ces désistements emportent acquiescement à la décision déférée à la Cour et extinction de l’instance d’appel”. Cette motivation puise sa source dans l’article 400 du code de procédure civile. Ce texte prévoit que le désistement d’appel, accepté par la partie adverse, emporte acquiescement au jugement. La cour opère ainsi une application littérale de la loi. Elle ne discute pas le fond du litige relatif à l’autorité parentale. Elle se borne à tirer les conséquences procédurales de l’accord des volontés. Cette approche est conforme à la nature juridique du désistement. Celui-ci constitue un acte unilatéral de procédure qui nécessite l’acceptation de l’adversaire. La cour valide donc un accord procédural pur. Elle entérine la renonciation à poursuivre le débat juridictionnel. Cette solution assure une sécurité juridique certaine. Elle permet une clôture rapide et définitive de l’instance. L’économie procédurale réalisée est indéniable. Toutefois, cette rigueur procédurale peut sembler écarter toute appréciation substantielle. La cour ne vérifie pas la conformité de l’ordonnance attaquée à l’intérêt de l’enfant. Elle s’en remet entièrement à la volonté des parents. Le formalisme l’emporte ainsi sur le contrôle du fond.

La portée de cette décision est significative dans le contentieux familial. En premier lieu, elle consacre la liberté des parties de mettre fin au procès. Le désistement accepté est érigé en mode alternatif de résolution du conflit. Les parents peuvent ainsi reprendre la maîtrise de leur différend. Ils évitent un jugement contradictoire potentiellement conflictuel. Cette issue conventionnelle peut favoriser l’apaisement. Elle est souvent préférable pour préserver les relations futures, notamment lorsqu’un enfant est concerné. L’arrêt valide cette démarche. En second lieu, la solution a une incidence directe sur la décision de première instance. L’acquiescement entraîné par le désistement rend l’ordonnance du juge aux affaires familiales définitive. Les mesures concernant la résidence de l’enfant et les droits de visite deviennent immuables. Cette pérennisation résulte d’un simple accord procédural. Elle n’est pas le fruit d’une décision judiciaire réfléchie en appel. On peut s’interroger sur cette validation automatique. L’intérêt supérieur de l’enfant, principe cardinal, n’est plus contrôlé par un second degré de juridiction. La convention des parents prime sur tout autre considération. Cette approche peut être critiquée. Elle fait peser sur les parties une lourde responsabilité. Elle suppose que leur accord soit toujours conforme à l’intérêt de leur enfant. La jurisprudence antérieure rappelle pourtant le rôle essentiel du juge. Celui-ci doit toujours vérifier la conformité des accords parentaux à cet intérêt. Ici, la cour se dispense de tout examen. La célérité procédurale et la paix familiale semblent devenir les priorités absolues. Cette orientation mérite une attention particulière. Elle pourrait inciter à un usage stratégique du désistement pour éviter un contrôle juridictionnel approfondi.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture