Cour d’appel de Fort de France, le 5 octobre 2012, n°12/00012

La Cour d’appel de Fort-de-France, dans un arrêt du 5 octobre 2012, statue sur les conséquences d’un désistement d’appel en matière de frais irrépétibles. Un locataire avait saisi le juge des référés pour obtenir une expertise. Débouté par une ordonnance du 23 septembre 2011, il forme appel puis se désiste de son action. La société civile immobilière propriétaire accepte ce désistement mais réclame une indemnité au titre de l’article 700 du code de procédure civile. La cour constate le désistement, valant acquiescement à la décision première, et condamne le locataire à verser une somme de mille euros à la société. Elle rejette toute autre prétention. La décision pose la question de savoir si le désistement d’appel emporte renonciation à toute contestation sur les frais irrépétibles déjà alloués en première instance. Elle invite à examiner la liberté du juge d’appréciation des dépens après un désistement.

L’arrêt consacre une interprétation stricte des effets du désistement sur l’appréciation des frais irrépétibles. La cour rappelle que le désistement par conclusions écrites est régulier en appel. Elle en tire les conséquences de droit en constatant qu’il entraîne l’extinction de l’instance et vaut acquiescement à l’ordonnance de première instance. Concernant l’article 700 du code de procédure civile, les juges estiment qu’il n’est « pas inéquitable de laisser à la charge » de la société propriétaire les frais exposés pour les besoins du litige. Ils motivent cette solution par l’échec des multiples relances amiables. Le raisonnement distingue ainsi le sort de l’instance de celui des frais irrépétibles. Le désistement met fin à la procédure mais ne prive pas le juge du pouvoir de statuer sur ces frais. La cour exerce son pouvoir souverain d’appréciation pour modifier le montant initial. Elle réduit l’indemnité de quinze cents à mille euros. Cette décision s’inscrit dans la ligne d’une jurisprudence constante. Elle affirme l’autonomie de la question des frais irrépétibles par rapport au fond du litige. Le désistement n’emporte pas renonciation automatique à leur révision. Le juge conserve la faculté d’en apprécier le montant en équité.

La solution retenue mérite une analyse critique au regard des principes procéduraux et de la sécurité juridique. D’un côté, elle préserve l’équité en permettant une modulation des frais après désistement. La cour utilise son pouvoir discrétionnaire pour pondérer la charge financière entre les parties. Elle tient compte du comportement procédural et des tentatives infructueuses de résolution amiable. Cette approche favorise une justice adaptée aux circonstances de l’espèce. Elle évite qu’une partie ne supporte une indemnité disproportionnée après l’arrêt des hostilités procédurales. D’un autre côté, la décision peut sembler créer une certaine insécurité. Le désistement valant acquiescement devrait normalement figer la situation issue du premier jugement. Or, la cour modifie une condamnation prononcée en première instance. Cette intervention peut apparaître comme une remise en cause partielle de l’autorité de la chose jugée. La solution soulève également une question pratique. Elle risque d’inciter les parties à former un appel simplement pour négocier une réduction des frais irrépétibles. Le désistement deviendrait alors un moyen de contourner la décision initiale sur ce point. La portée de l’arrêt reste néanmoins limitée. Il s’agit d’une décision d’espèce fondée sur l’appréciation souveraine des juges du fond. Elle ne remet pas en cause le principe selon lequel le désistement éteint l’instance. Elle confirme simplement que les frais irrépétibles relèvent d’une logique distincte, guidée par l’équité plutôt que par la seule issue procédurale.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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