Cour d’appel de Agen, le 7 décembre 2010, n°10/00340

L’arrêt de la Cour d’appel d’Agen, chambre sociale, du 7 décembre 2010, traite des effets d’un transfert d’entité économique vers une personne publique sur le contrat de travail d’un salarié de droit privé. Un salarié avait été engagé par une association sous contrat à durée indéterminée. À la suite de la dénonciation de la convention liant l’association à un conseil général, une redistribution des activités intervint. L’observatoire économique que le salarié assurait fut repris par le conseil général, lequel lui proposa un contrat de droit public à durée déterminée. Le salarié refusa cette proposition et fut licencié pour motif économique par son employeur initial. Le conseil de prud’hommes avait débouté le salarié de sa demande en dommages et intérêts pour licenciement abusif. La Cour d’appel d’Agen infirme ce jugement. Elle estime que le transfert de l’entité économique entraînait le maintien du contrat de travail avec le nouvel employeur public. Le licenciement prononcé par l’ancien employeur est dès lors privé de cause réelle et sérieuse. La cour condamne l’association à payer des dommages et intérêts et ordonne le remboursement des indemnités chômage. La décision soulève la question de l’articulation entre les règles du transfert d’entreprise et le régime des contrats dans la fonction publique.

**I. La reconnaissance d’un transfert d’entité économique vers une personne publique**

La cour constate tout d’abord l’existence d’un transfert au sens de l’article L. 1224-1 du code du travail. Elle identifie une entité économique autonome transférée. L’observatoire économique constituait un ensemble organisé poursuivant un objectif propre. Les procès-verbaux des délibérations établissent la volonté de reprise de cette activité et du poste par le conseil général. La cour retient que l’entité a été transférée « dans sa globalité, en gardant toute son identité et son objet propre ». Cette qualification est essentielle. Elle permet d’appliquer le principe de maintien automatique des contrats de travail. Le salarié devient donc l’employé du conseil général par l’effet du transfert.

La solution consacre ensuite la primauté du droit du travail sur les règles de droit public interne. Le conseil général proposait un contrat à durée déterminée. La cour rappelle que la directive 2001/23/CE s’applique aux entreprises publiques. L’article 3.1 prévoit un transfert de plein droit des contrats. Le salarié conservait son contrat à durée indéterminée. La cour affirme que « l’application des règles de droit public interne ne saurait faire échec » aux dispositions protectrices du code du travail. Cette interprétation est guidée par la directive. Elle garantit les droits des travailleurs lors d’un changement d’employeur. Le refus du salarié d’accepter une modification substantielle à son détriment est légitime.

**II. Les conséquences attachées à la méconnaissance du principe de maintien**

La violation des règles de transfert entraîne d’abord la nullité du licenciement prononcé par l’ancien employeur. La cour juge que le licenciement est « dès lors privé d’effet ». L’employeur initial ne pouvait licencier le salarié. Le motif économique invoqué disparaît. Le licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse. Cette analyse est rigoureuse. Elle protège le salarié contre une rupture intervenue en méconnaissance de son droit au maintien. La sanction est l’allocation de dommages et intérêts pour licenciement abusif. La cour fixe cette indemnité à 60 000 euros. Elle écarte la demande d’indemnisation intégrale du préjudice. Elle opère une évaluation souveraine au regard de l’ancienneté et du salaire.

La décision impose ensuite des obligations financières spécifiques à l’employeur fautif. La cour applique l’article L. 1235-4 du code du travail. Elle condamne l’association au remboursement des indemnités chômage versées. Ce remboursement est limité à six mois. La mesure a une fonction punitive et corrective. Elle évite que la collectivité ne supporte le coût d’un licenciement illicite. La solution assure une réparation complète du préjudice subi. Elle renforce la portée dissuasive de la réglementation sur les transferts. La cour veille ainsi à une effectivité concrète des droits du salarié.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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