Tribunal de commerce d’Evreux, le 13 février 2025, n°2025F00001

Le tribunal de commerce d’Évreux, par jugement du 13 février 2025, a eu à connaître d’un litige contractuel opposant un artisan peintre à une société cliente. L’entrepreneur réclamait le paiement d’une facture impayée pour des travaux de réfection. La société, bien que régulièrement assignée, n’a pas comparu. Les juges ont condamné la société débitrice au paiement de la somme principale, assortie de diverses indemnités. Cette décision, rendue par défaut, soulève la question de savoir dans quelle mesure le juge peut, en l’absence de débat contradictoire, statuer sur des demandes indemnitaires accessoires telles que le préjudice moral et les frais irrépétibles. L’arrêt retient une solution mesurée, accordant une indemnisation partielle pour ces chefs de demande. Il convient d’analyser le raisonnement prudent du tribunal, puis d’en apprécier la portée dans le contentieux des petites créances commerciales.

Le tribunal fonde sa décision sur la constatation d’une obligation contractuelle non exécutée. Il relève que la société, « en ne répondant pas aux demandes en paiement de la facture […] s’est rendue coupable pour non-paiement de ses obligations contractuelles ». Cette qualification permet d’ordonner le paiement de la créance principale et de l’indemnité forfaitaire de recouvrement, droits dont le bien-fondé est établi par les pièces communiquées. En revanche, pour le préjudice moral et l’article 700 du code de procédure civile, le juge opère une appréciation souveraine. Il admet le principe d’un préjudice moral lié aux difficultés de recouvrement, mais en limite le quantum à cent euros, considérant sans doute le caractère non substantiel du litige. De même, il alloue une somme modeste au titre des frais non compris dans les dépens, « sur le fondement de l’article 700 du CPC ». Cette démarche révèle une application restrictive des dispositions indemnitaires accessoires en l’absence de contradiction. Le juge use de son pouvoir d’appréciation pour éviter une indemnisation disproportionnée, tout en reconnaissant l’existence d’un préjudice procédural.

Cette jurisprudence illustre une gestion équilibrée des litiges commerciaux par défaut. D’une part, elle garantit au créancier l’exécution de son droit essentiel, le paiement, sans être entravée par la carence du débiteur. D’autre part, elle tempère les demandes accessoires pour préserver l’équité, le défendeur absent ne pouvant contester leur montant. Cette position est conforme à l’économie générale de la procédure par défaut, qui vise à trancher le litige sans excéder les prétentions strictement justifiées. Elle pourrait influencer la pratique des tribunaux de commerce face à des contentieux similaires, incitant à une modération systématique des condamnations indemnitaires accessoires en cas de non-comparution. Toutefois, cette solution reste une décision d’espèce, liée à un montant de créance modeste et à un préjudice moral peu caractérisé. Sa valeur persuasive dépendra de sa reprise par d’autres juridictions, dans un souci d’harmonisation du traitement des défauts en matière commerciale.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture