Cour d’appel de Bordeaux, le 19 septembre 2012, n°12/124

La Cour d’appel de Bordeaux, dans un arrêt du 19 septembre 2012, statue sur un déféré formé contre une ordonnance du conseiller de la mise en état. Cette ordonnance avait déclaré irrecevables des conclusions d’intimé déposées après l’expiration d’un délai de deux mois. L’appelant soutenait que la notification intervenue par l’intermédiaire de la CARPA était régulière. L’Ordre des avocats du barreau de Bordeaux est intervenu volontairement dans le débat. La juridiction devait déterminer si la signification par la CARPA valait notification respectant les délais procéduraux. Elle devait également apprécier la régularité du dépôt matériel des conclusions au greffe. La Cour infirme l’ordonnance déférée et déclare recevables les conclusions. Elle valide ainsi la notification entre avocats par la CARPA et entérine le dépôt au bureau désigné par l’administration judiciaire.

La solution retenue consacre une interprétation souple des modalités de notification entre avocats. Elle confirme également la marge d’appréciation laissée aux chefs de cour pour l’organisation matérielle du greffe.

**La validation de la notification par la CARPA comme mode régulier de communication entre avocats**

La Cour écarte l’exigence d’une remise directe entre avocats prévue à l’article 673 du code de procédure civile. Elle rappelle que « la loi n’interdit pas que les avocats donnent mandat à un tiers de notifier et de recevoir pour leur compte des actes de procédure ». Le mandat irrévocable conféré à la CARPA par ses statuts est ainsi pleinement reconnu. La décision opère une distinction essentielle entre la date de la signification et celle de la remise effective. Elle affirme que « la date de la signification et non celle de la remise effective des conclusions à l’avocat doit en outre être seule prise en considération ». Cette analyse protège la sécurité des actes juridictionnels. Elle évite qu’un retard indépendant de la volonté de l’avocat n’entraîne l’irrecevabilité de ses conclusions. La solution s’inscrit dans une logique pragmatique adaptée aux pratiques professionnelles.

Cette approche conforte une interprétation extensive des modes de notification. Elle valide un mécanisme de délégation largement utilisé par la profession. La Cour écarte une lecture formaliste de l’article 673. Elle privilégie la réalité de la communication sur le strict respect d’un formalisme direct. Cette position est conforme à l’économie générale de la procédure civile moderne. Celle-ci tend à simplifier les échanges entre avocats. La décision sécurise ainsi une pratique établie mais jusqu’alors susceptible de contestation. Elle offre une base jurisprudentielle solide à l’utilisation de la CARPA. Cette solution participe à la fluidité du procès en évitant les nullités purement techniques.

**La reconnaissance de l’autonomie de l’administration judiciaire dans l’organisation du greffe**

La Cour refuse de contrôler la localisation précise du bureau de dépôt des conclusions. Elle estime que « la détermination de la localisation du bureau du greffe de la cour où doivent être déposées les conclusions des avocats constitue une mesure d’administration de la juridiction qui échappe au contrôle du juge ». Cette position consacre une séparation des fonctions juridictionnelles et administratives. Elle évite que les juges du fond n’aient à statuer sur des questions d’organisation interne. L’arrêt valide le dépôt effectué au bureau d’accueil du rez-de-chaussée. Il considère que l’avocat a satisfait à son obligation en suivant les instructions données par les chefs de cour. Cette solution préserve la sécurité juridique des justiciables. Elle les protège des conséquences d’éventuelles erreurs ou modifications dans l’organisation matérielle des greffes.

Cette analyse limite le pouvoir du juge de la mise en état sur les questions purement administratives. Elle renforce l’autorité des chefs de juridiction en matière d’organisation des services. La décision évite ainsi une insécurité procédurale. Les avocats peuvent se conformer aux directives affichées sans crainte d’irrégularité ultérieure. Cette position est essentielle pour la bonne administration de la justice. Elle garantit l’efficacité du service public en simplifiant les démarches pratiques. La Cour adopte une interprétation fonctionnelle de l’obligation de dépôt. Elle privilégie l’accomplissement de l’acte sur le respect d’une localisation géographique précise. Cette souplesse est nécessaire à l’adaptation des juridictions à leurs contraintes matérielles.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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