Cour d’appel de Douai, le 5 mai 2011, n°10/07067

La Cour d’appel de Douai, dans un arrêt du 5 mai 2011, statue sur les mesures accessoires d’un divorce prononcé sur demande acceptée. Les époux, mariés sous le régime de la séparation de biens, ont deux enfants résidant habituellement chez leur mère. Le père, ayant quitté la région pour s’installer à Toulouse, conteste les modalités de son droit de visite et d’hébergement, le montant de la pension alimentaire due pour ses enfants et la prestation compensatoire allouée à son épouse. La mère forme un appel incident pour obtenir une majoration de ces deux dernières sommes. La juridiction d’appel, tout en confirmant le principe d’une compensation de la disparité des conditions de vie, réforme le jugement déféré sur ces trois points. Elle organise un droit de visite et d’hébergement adapté à l’éloignement géographique, fixe la pension alimentaire à 320 euros par enfant et majore la prestation compensatoire à 45 000 euros. L’arrêt soulève ainsi la question de l’aménagement des relations parentales en cas d’éloignement géographique et celle de la détermination des contributions financières post-divorce.

L’arrêt opère une conciliation pragmatique entre le maintien des liens parentaux et les contraintes matérielles nées de l’éloignement. Le père souhaitait un droit de visite mensuel incluant des week-ends pendant la période scolaire. La Cour relève que « le fort éloignement géographique des parties […] rend évidemment mal aisée une organisation de son droit de visite et d’hébergement qui permette des rencontres régulières et fréquentes ». Elle constate aussi que les enfants, âgés de huit et onze ans, doivent être préservés d’une « fatigabilité » excessive due à des trajets longs et à des absences de l’école. Toutefois, elle admet partiellement la demande paternelle en retenant que « le désir exprimé […] de rencontrer en outre ses enfants une fin de semaine par mois peut être envisagé ». La solution retenue est un compromis : le père exercera son droit lors de quelques week-ends précis dans l’année scolaire, à condition de se déplacer lui-même dans le Nord, et bénéficiera de la moitié de toutes les vacances scolaires. La Cour justifie cette charge des trajets par le fait que l’éloignement résulte d’une « décision prise par celui-ci de s’installer à Toulouse alors qu’il n’y était manifestement nullement obligé ». Cette organisation témoigne d’une recherche d’équilibre. Elle privilégie l’intérêt de l’enfant à une stabilité sans rompre le lien avec le parent éloigné, tout en sanctionnant financièrement le choix à l’origine de la difficulté. Cette approche est conforme à la jurisprudence qui adapte les modalités pratiques à la situation concrète, sans remettre en cause le principe du maintien des relations.

La décision procède ensuite à une réévaluation minutieuse des obligations financières du père, fondée sur une analyse comparative des facultés contributives. Concernant la pension alimentaire, la Cour relève une « erreur matérielle » du premier juge ayant mal lu les conclusions de la mère. Elle entreprend une comparaison détaillée des ressources et charges de chacun. Les revenus de la mère, infirmière anesthésiste, sont estimés à environ 2 700 euros nets mensuels, avec une incertitude sur leur évolution future. Ceux du père, médecin, font l’objet d’une attention particulière. La Cour note ses déclarations fluctuantes mais retient finalement les éléments attestant d’un « bénéfice » mensuel de l’ordre de 4 202 euros pour 2010, auquel s’ajoutent des revenus fonciers taxables. Elle considère que, malgré une baisse due à sa réinstallation, « il a démontré dans le passé sa capacité à tirer de son activité […] des revenus confortables » et « qu’il a vocation à bénéficier, dans les prochaines années, d’une progression de ses ressources ». Cette projection dans l’avenir prévisible est décisive. Elle justifie une pension de 320 euros par enfant, supérieure à celle initialement fixée, car elle anticipe un rétablissement des facultés paternelles. Le même raisonnement prospectif guide la fixation de la prestation compensatoire. La Cour constate une disparité future, car le statut d’infirmière de l’épouse « ne lui permettra jamais de prétendre au niveau de ressource qu’a pu atteindre son époux dans le passé et que celui-ci est à nouveau susceptible d’atteindre à l’avenir ». La somme est donc majorée à 45 000 euros. L’arrêt illustre ainsi l’application concrète des articles 271 et 272 du code civil, en intégrant non seulement la situation présente mais aussi son évolution prévisible pour assurer une compensation effective de la disparité créée par le divorce.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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