Tribunal de commerce de Narbonne, le 21 janvier 2025, n°2024000972

Le Tribunal de commerce de Narbonne, par jugement du 21 janvier 2025, a homologué un protocole d’accord intervenu entre les parties le 29 novembre 2024. Cette décision met fin à un litige né de la présence d’une grue surplombant un terrain voisin et de demandes en dommages-intérêts. La procédure, initiée par assignation en avril 2024, avait été orientée vers une conciliation judiciaire. Les deux parties ont conjointement sollicité l’homologation de l’accord trouvé. Le tribunal, se fondant sur l’article 131 du code de procédure civile, a accédé à cette demande et a décidé que chaque partie supporterait ses propres frais. La question se pose de savoir comment le juge apprécie son pouvoir d’homologation d’un accord issu d’une conciliation judiciaire et quelles en sont les conséquences sur le partage des frais de l’instance.

Le jugement illustre d’abord la mise en œuvre du contrôle judiciaire sur les accords issus de la conciliation. Le tribunal rappelle que l’accord est “expressément soumis à l’homologation par la juridiction de céans”. Il se réfère à l’article 131 du code de procédure civile qui dispose que “les parties ou la plus diligente d’entre elles peuvent soumettre à l’homologation du juge le constat d’accord”. Le juge exerce ainsi un pouvoir de validation a posteriori du processus de conciliation. Son contrôle porte principalement sur le respect de l’ordre public et la protection des parties. En l’espèce, la décision ne relève aucun vice substantiel, l’accord étant présenté comme le fruit d’un rapprochement volontaire. Cette homologation confère à la convention une force exécutoire particulière. Elle transforme un accord privé en titre permettant l’exécution forcée. Le juge valide ainsi une solution négociée, ce qui démontre la complémentarité entre justice consensuelle et justice autoritaire.

La décision conduit ensuite à un partage spécifique des frais de l’instance, distinct des règles de droit commun. Le tribunal “dit et juge que chaque partie supportera les frais, honoraires et dépens par elle exposés”. Cette solution s’écarte du principe selon lequel les dépens sont à la charge de la partie perdante. Elle se justifie par la nature même de l’issue du litige. L’homologation consacre un succès partagé, aucune des parties n’étant considérée comme ayant succombé. Le juge adapte ainsi la conséquence financière de l’instance à son dénouement amiable. Cette approche favorise le recours aux modes alternatifs de règlement des différends. Elle évite de grever la solution négociée d’une condamnation aux dépens qui pourrait en altérer l’équilibre. Le juge use de son pouvoir d’appréciation pour accompagner la pacification du litige par une mesure économique incitative.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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