Cour d’appel de Chambéry, le 4 octobre 2011, n°11/01646

La Cour d’appel de Chambéry, le 4 octobre 2011, a été saisie d’une requête en omission de statuer. Cette requête visait un arrêt rendu par cette même cour le 26 octobre 2010. L’arrêt initial avait condamné un copropriétaire à indemniser le syndicat pour des désordres. L’assureur de ce copropriétaire avait soulevé la prescription de l’action. La cour avait accueilli ce moyen dans ses motifs. Le dispositif de l’arrêt était cependant silencieux sur la demande de garantie formée contre l’assureur. La requête sollicitait la rectification de cette omission. La cour y a fait droit en ajoutant au dispositif le débouté de la demande en garantie. La décision illustre le contrôle de la cohérence entre les motifs et le dispositif d’un jugement. Elle rappelle les conditions de l’omission de statuer.

**L’omission de statuer, une anomalie procédurale strictement encadrée**

L’omission de statuer constitue une hypothèse d’ouverture à rectification. L’article 463 du code de procédure civile la définit. Il faut qu’une des parties ait présenté une prétention. Il faut aussi que le juge n’ait pas statué sur cette prétention. La requête est recevable devant la juridiction qui a rendu la décision. La Cour d’appel de Chambéry rappelle ces conditions. Elle constate que la demande en garantie était bien présente dans les débats. L’assureur avait invoqué la prescription dans ses écritures. Les motifs de l’arrêt du 26 octobre 2010 ont retenu le bien-fondé de ce moyen. Le dispositif est pourtant resté muet sur ce point. La cour relève cette contradiction. Elle juge donc l’omission caractérisée. La rectification s’impose pour rétablir la cohérence de la décision.

La jurisprudence exige une omission portant sur une demande principale. La demande en garantie revêtait ce caractère dans l’espèce. La cour avait condamné le copropriétaire. Elle avait aussi condamné ce dernier aux dépens de son assureur. Cette condamnation aux dépens impliquait nécessairement un rejet de sa demande. L’omission créait une insécurité juridique manifeste. L’arrêt comble cette lacune par une disposition expresse. Il ajoute au dispositif le débouté de la demande. Cette solution est conforme aux principes directeurs du procès civil. Elle assure l’intelligibilité et l’autorité de la chose jugée.

**La rectification, un pouvoir au service de la sécurité juridique**

Le pouvoir de rectification répond à un impératif d’économie procédurale. Il évite l’engagement d’une voie de recours longue et incertaine. La requête en omission de statuer présente un caractère rectificatif. Elle ne permet pas de remettre en cause le fond du litige. La Cour de cassation le rappelle constamment. La Cour d’appel de Chambéry en fait une application rigoureuse. Elle se borne à tirer les conséquences nécessaires de ses propres motifs. L’ajout opéré est la traduction littérale du raisonnement déjà tenu. La cour « déboute [le copropriétaire] de sa demande de garantie ». Cette formulation reprend exactement la conséquence de la prescription acquise.

Cette décision souligne l’importance de l’articulation entre motifs et dispositif. Les motifs fondent l’autorité de la chose jugée. Le dispositif en est la partie exécutoire. Toute divergence entre les deux est source d’insécurité. La rectification rétablit l’harmonie nécessaire. Elle garantit que la décision est complète et claire. La solution adoptée est pragmatique et respectueuse du débat contradictoire. Les autres parties s’étaient en remises à l’appréciation de la cour. La rectification n’a donc surpris aucun des plaideurs. Elle parachève simplement l’œuvre juridictionnelle.

La portée de cet arrêt est principalement procédurale. Il constitue une application classique des articles 463 et suivants du code de procédure civile. Il rappelle aux praticiens la nécessité de vérifier l’exhaustivité du dispositif. Une demande formellement présentée ne peut être ignorée. Le juge doit y répondre de manière expresse. À défaut, la voie de l’omission de statuer reste ouverte. Cette sécurité procédurale participe à la bonne administration de la justice. Elle renforce la fiabilité des décisions rendues.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture