Tribunal de commerce de Paris, le 28 janvier 2025, n°2024037412

Le Tribunal des activités économiques de Paris, dans un jugement du 28 janvier 2025, statue sur les conséquences d’un désistement volontaire. Une association avait initialement assigné une société. Elle déclare ensuite se désister de son instance et de son action lors de l’audience. La défenderesse ne formule aucune opposition à cette démarche. Le tribunal doit donc appliquer les règles procédurales régissant un tel renoncement. La question juridique posée est celle des effets d’un désistement d’instance et d’action accepté par la partie adverse. La juridiction donne acte du désistement et constate l’extinction de l’instance. Elle se fonde expressément sur les articles 384 et 395 du code de procédure civile. Cette solution appelle une analyse de sa rigueur procédurale et une réflexion sur sa portée pratique.

**La parfaite application des conditions légales du désistement**

Le tribunal opère une stricte vérification des conditions posées par la loi. Le désistement émane de la partie demanderesse à l’audience. La décision relève que « la SAS GOUVERNE ne s’y oppose pas ». Cette absence d’opposition est une condition impérative pour que le désistement produise effet. L’article 384 du code de procédure civile exige en effet l’accord exprès ou tacite du défendeur. Le juge constate cet accord par le silence de la partie. Il en tire les conséquences légales avec une exacte rigueur.

La décision distingue clairement le désistement d’instance du désistement d’action. Le dispositif « Donne acte (…) de son désistement d’instance et d’action » reprend les termes de la déclaration. Cette précision est essentielle. Un désistement d’instance seul n’éteint pas le droit d’agir. Le demandeur pourrait introduire une nouvelle instance sur la même cause. Le désistement d’action, en revanche, implique une renonciation définitive au droit substantiel. Le tribunal entérine cette renonciation complète. Il applique ainsi la distinction classique de la procédure civile.

**Les effets immédiats et les conséquences financières du renoncement**

Le jugement produit des effets immédiats et définitifs sur la procédure. Le tribunal « Constate l’extinction de la présente instance et son dessaisissement ». Cette constatation est l’effet direct des articles invoqués. L’extinction met fin à toute activité juridictionnelle sur le fond. Le dessaisissement rend la décision définitive et exécutoire. Le juge n’a plus à connaître de l’affaire. La solution est nette et conforme aux principes d’économie procédurale. Elle évite tout délai inutile.

La décision règle également la question des dépens. Elle « Laisse à la partie demanderesse la charge des dépens ». Cette solution est logique. Le désistement équivaut à un abandon de la prétention initiale. Il est donc normal que son auteur supporte les frais engagés. La jurisprudence est constante sur ce point. Le tribunal liquide même le montant des frais irrépétibles dus au greffe. Cette précision chiffrée assure l’exécution immédiate de la décision. Elle évite tout contentieux ultérieur sur ce point accessoire.

**La valeur d’une décision de pure technique procédurale**

Ce jugement illustre une application mécanique de la loi. Il ne comporte aucune appréciation du fond du litige. Le juge se borne à enregistrer la volonté des parties. Sa décision est d’une parfaite orthodoxie procédurale. Elle respecte le principe dispositif qui régit la procédure civile. Les parties sont maîtresses de l’introduction et de l’extinction de l’instance. Le rôle du juge est ici minimaliste. Il se limite à entériner un accord tacite sur l’arrêt des poursuites.

Cette rigueur peut toutefois soulever une question. Le tribunal n’exerce aucun contrôle sur la réalité du consentement. Il déduit l’absence d’opposition du seul silence à l’audience. Une jurisprudence plus exigeante pourrait vérifier l’absence de vice. La solution retenue privilégie cependant la célérité de la justice. Elle fait prévaloir la volonté exprimée du demandeur. Elle considère que le défendeur, en ne s’opposant pas, trouve son intérêt dans l’extinction du litige. Cette approche est pragmatique et respectueuse des autonomies.

**La portée limitée d’une décision d’espèce**

La portée de ce jugement est nécessairement restreinte. Il s’agit d’une simple application textuelle de règles procédurales claires. La solution ne crée aucune jurisprudence nouvelle. Elle ne résout aucune difficulté d’interprétation. Sa valeur réside dans son exemplarité technique. Elle montre la voie pour mettre fin proprement à un procès sans accord sur le fond. Les praticiens y trouveront un modèle de rédaction.

L’extinction par désistement demeure une issue fréquente aux litiges. Elle permet d’éviter un jugement au fond souvent coûteux et long. Cette décision en rappelle les conditions et les effets avec clarté. Elle confirme que la procédure civile offre aux parties des outils de maîtrise de leur différend. Le juge n’est ici que le garant du respect des formes légales. Cette conception de l’office du juge est traditionnelle en matière gracieuse. Elle assure une sécurité juridique certaine pour les justiciables.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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