Cour d’appel de Lyon, le 10 février 2026, n°25/04094

La Métropole de Lyon, autorité expropriante, avait été condamnée par le juge de l’expropriation de Lyon le 28 avril 2025 à indemniser une société civile immobilière. Le montant global de l’indemnité était fixé à 273 437,90 euros. La Métropole forma appel de cette décision. En cours d’instance d’appel, elle présenta un désistement pur et simple de son appel. Le commissaire du gouvernement accepta ce désistement. La société civile immobilière, bien que constituée, ne formula aucune opposition. La Cour d’appel de Lyon, par arrêt du 10 février 2026, fut saisie de la régularité et des effets de ce désistement. La question se posait de savoir si un désistement d’appel, non contesté par l’intimé, entraînait automatiquement la fin de l’instance et le dessaisissement de la juridiction. La Cour constata le désistement, acta la fin de l’instance et son propre dessaisissement, et mit les dépens à la charge de la partie désistante.

La Cour d’appel de Lyon rappelle avec rigueur les conditions d’efficacité du désistement d’appel. Elle constate que le désistement est “parfait en l’absence de contestation adverse”. Cette formule renvoie à l’article 408 du code de procédure civile. Le texte dispose que le désistement accepté par la partie adverse ou non contesté met fin à l’instance. La Cour applique strictement cette règle procédurale. L’intimé n’ayant formulé aucune contestation, le désistement produit ses pleins effets. La solution est classique et conforme à la jurisprudence constante de la Cour de cassation. Elle assure une sécurité juridique certaine. Le demandeur à l’appel conserve la maîtrise de l’introduction de l’instance. Il peut y mettre un terme unilatéralement, sous réserve de l’accord de l’adversaire. L’absence de réaction de l’intimé vaut acceptation tacite. Le raisonnement de la Cour est donc purement déclaratif. Il se borne à constater un état de droit résultant de la volonté des parties. La Cour ne dispose d’aucun pouvoir d’appréciation discrétionnaire en la matière. Cette interprétation restrictive préserve le principe dispositif qui régit la procédure civile. Les juges ne sauraient s’immiscer dans la gestion par les parties de leur litige.

La décision illustre également les conséquences attachées au désistement pur et simple. La Cour “constate la fin de l’instance et le dessaisissement de la cour”. Le désistement anéantit rétroactivement l’acte d’appel. La procédure d’appel est réputée n’avoir jamais existé. Le jugement de première instance acquiert alors l’autorité de la chose jugée. La Cour se dessaisit nécessairement, n’ayant plus d’objet à juger. Elle applique enfin l’article 696 du code de procédure civile. Elle condamne la partie qui se désiste aux dépens de l’instance d’appel. Cette solution est impérative et ne souffre aucune exception. La charge des dépens constitue une sanction procédurale logique. Elle incombe à la partie qui a initié une procédure puis y a renoncé. La décision ne comporte aucune motivation substantielle sur le fond du droit de l’expropriation. Elle se limite strictement aux aspects procéduraux. Cette rigueur formelle est caractéristique du contentieux de l’expropriation. Les règles de procédure civile y sont appliquées sans atténuation. L’arrêt rappelle ainsi que la technicité de ce contentieux spécial n’efface pas les principes généraux de la procédure. La sécurité des relations juridiques en sort renforcée. Les parties connaissent avec certitude les effets de leurs actes procéduraux.

La portée de cet arrêt est cependant limitée. Il s’agit d’une simple application de textes procéduraux bien établis. La solution ne présente aucun caractère novateur. Elle ne tranche aucune difficulté d’interprétation nouvelle. L’arrêt est une décision de pur fait, liée aux circonstances spécifiques de l’espèce. La jurisprudence antérieure est déjà constante sur ce point. La Cour de cassation veille à une application uniforme de l’article 408. La valeur de l’arrêt réside donc dans sa clarté et sa concision. Il constitue un rappel utile pour les praticiens. Le contentieux de l’expropriation mobilise souvent des enjeux financiers importants. La précision des règles de procédure est essentielle. L’arrêt évite tout développement inutile sur le fond du droit. Il se concentre sur la régularité formelle du désistement. Cette approche stricte peut être critiquée pour son formalisme. Elle ne laisse aucune place à l’appréciation des motifs du désistement. Le risque d’une manœuvre dilatoire n’est pas examiné. La solution protège cependant la liberté procédurale des parties. Elle garantit une issue rapide et certaine au litige. L’économie procédurale est ainsi préservée, ce qui correspond à l’objectif de bonne administration de la justice.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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