Menace de mort : que faire quand on est victime ou mis en cause ?

Menace de mort : que faire quand on est victime ou mis en cause ?

Recevoir une menace de mort provoque un choc. La peur s’installe. Que la menace soit verbale, écrite dans un SMS ou publiée sur un réseau social, elle laisse la personne visée dans l’incertitude quant à la marche à suivre. Symétriquement, la personne accusée d’avoir proféré des menaces de mort se retrouve confrontée à une procédure pénale dont elle mesure rarement la portée.

Cet article présente le cadre juridique applicable, les démarches concrètes pour la victime et les droits de la personne mise en cause.

Le cadre juridique de la menace de mort

L’article 222-17 du code pénal punit la menace de mort de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, à condition qu’elle soit réitérée ou matérialisée par un écrit, une image ou tout autre objet. Un SMS, un courriel, un message vocal enregistré constituent des écrits au sens de ce texte. Une menace verbale isolée, sans trace ni répétition, n’est pas punissable sur ce fondement.

Lorsque la menace est assortie d’une condition — par exemple « si tu portes plainte, je te tue » — l’article 222-18 du code pénal s’applique. La peine passe alors à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. La condition peut être explicite ou implicite, dès lors qu’elle ressort du contexte.

Dans un contexte conjugal, l’article 222-18-3 du code pénal aggrave les peines. La menace de mort commise par le conjoint ou le concubin est punie de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Avec condition, la peine monte à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende.

Les démarches de la victime

La première démarche consiste à conserver les preuves. Tout message écrit doit être sauvegardé : captures d’écran horodatées, conservation des SMS, impression des courriels. Si la menace est verbale, le témoignage de personnes présentes constitue un élément de preuve essentiel.

Le dépôt de plainte peut être effectué au commissariat ou à la gendarmerie. La victime peut également adresser une plainte par courrier au procureur de la République. Si la plainte fait l’objet d’un classement sans suite, la voie de la plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction reste ouverte.

Dans les situations d’urgence, la victime peut solliciter une ordonnance de protection auprès du juge aux affaires familiales, notamment dans un contexte de violences conjugales. Cette mesure permet d’obtenir l’interdiction de contact, l’éviction du domicile conjugal et, le cas échéant, le port d’un bracelet anti-rapprochement.

La chambre criminelle de la Cour de cassation exige des juridictions qu’elles explicitent les termes exacts de la menace dans leur décision. La victime a donc intérêt à ce que les propos soient consignés avec précision dès le stade de la plainte. Une formulation vague — « il m’a menacé de mort » — est insuffisante. Les termes exacts doivent être rapportés : « il m’a dit : je vais te tuer ».

Les droits de la personne mise en cause

La personne poursuivie pour menace de mort bénéficie de la présomption d’innocence. L’article 222-17 du code pénal pose des conditions strictes que la chambre criminelle contrôle rigoureusement.

La menace doit avoir été réitérée ou matérialisée. Si le ministère public ne rapporte pas la preuve de l’une de ces deux conditions, la relaxe s’impose. La Cour de cassation a rappelé dans un arrêt du 22 septembre 2015 que le simple geste accompagnant une menace verbale ne constitue pas une matérialisation au sens du texte. Un geste menaçant, même évocateur, ne suffit pas à lui seul.

Les termes de la menace doivent être explicités dans la décision de condamnation. La chambre criminelle casse les arrêts qui se bornent à affirmer l’existence d’une menace sans en reproduire le contenu. Ce contrôle de motivation protège le prévenu contre une condamnation fondée sur des éléments insuffisamment caractérisés.

Lorsque les faits sont requalifiés en audience — par exemple de menace réitérée en menace avec condition — le prévenu doit être invité à s’expliquer sur la nouvelle qualification. À défaut, la procédure est irrégulière.

L’intervention d’un avocat pénaliste dès le stade de la garde à vue ou de l’audition libre est déterminante. L’avocat vérifie la régularité de la procédure, s’assure que les droits de la défense sont respectés et prépare la stratégie de défense en fonction de la qualification retenue.

Menace de mort et conséquences sur les situations immobilières et patrimoniales

Les menaces de mort dans un contexte conjugal ou familial ont des répercussions qui dépassent la seule sphère pénale. Elles peuvent précipiter une séparation, entraîner l’éviction du domicile conjugal et remettre en cause l’occupation du logement familial.

Lorsque les époux sont propriétaires d’un bien immobilier commun, la procédure pénale s’articule avec les opérations de liquidation du régime matrimonial. L’ordonnance de protection peut attribuer la jouissance du domicile à la victime. Les conséquences sur le bail d’habitation, le remboursement du prêt immobilier et la gestion des charges de copropriété nécessitent un accompagnement juridique adapté.

Dans le cadre d’une location, le bailleur confronté à un locataire menaçant dispose de la faculté de demander la résiliation du bail sur le fondement du trouble de voisinage. Le locataire victime de menaces émanant d’un autre occupant de l’immeuble peut, quant à lui, engager la responsabilité du bailleur si celui-ci n’a pas pris les mesures nécessaires pour assurer la jouissance paisible des lieux.

Ces situations, à la croisée du droit pénal et du droit immobilier, requièrent une approche transversale.

L’essentiel à retenir

La menace de mort est un délit puni de trois ans d’emprisonnement. La peine peut atteindre sept ans dans un contexte conjugal avec condition. La victime doit conserver les preuves et déposer plainte en rapportant les termes exacts des propos. La personne mise en cause peut contester la caractérisation de l’infraction si les conditions légales ne sont pas remplies — absence de réitération, absence de matérialisation, défaut de motivation de la décision.

Dans tous les cas, l’assistance d’un avocat spécialisé en droit pénal permet de sécuriser la procédure et de défendre au mieux les intérêts de chaque partie.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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