Tribunal de commerce de Bobigny, le 16 janvier 2025, n°2024R00468

Le Tribunal de commerce de Bobigny, statuant en référé le 16 janvier 2025, a été saisi d’une demande en provision sur une créance commerciale. Le demandeur sollicitait le paiement de factures restées impayées pour des prestations de location de matériel. Le défendeur opposait l’existence de contestations sérieuses sur les montants réclamés. Le juge des référés a débouté le demandeur de sa requête et l’a condamné à une indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. Cette ordonnance invite à s’interroger sur les conditions d’exercice du référé-provision en matière commerciale. Elle rappelle avec rigueur l’exigence d’une créance peu contestable tout en offrant une illustration concrète de l’appréciation souveraine des éléments de preuve.

**L’affirmation rigoureuse des conditions du référé-provision**

Le juge des référés applique strictement les conditions légales de l’article 873, alinéa 2, du code de procédure civile. Il constate d’abord l’absence de preuve d’un accord préalable sur le prix. Il relève « qu’il n’y a pas de devis concernant la nacelle » et que « le prix facturé ne correspond pas au montant du devis signé ». Cette discordance entre le devis et la facture constitue le fondement de la contestation. Le juge souligne ensuite l’insuffisance des justifications apportées par le créancier. Il note « qu’il n’est pas justifié de la présence d’un opérateur quotidiennement ». L’ordonnance déduit de ces éléments qu’ »il y a une contestation sérieuse ». Cette motivation démontre un contrôle exigeant de l’existence d’une obligation peu sérieusement contestable. Le juge ne se contente pas d’une allégation du débiteur. Il vérifie la consistance des arguments au regard des pièces versées aux débats.

**Une appréciation souveraine des éléments du litige délimitant la portée de la décision**

La décision illustre le pouvoir d’appréciation du juge des référés dans l’examen des preuves. Le juge procède à une analyse concrète des circonstances de la cause. Il relève ainsi que « la société était fermée les samedis et dimanches mais acceptait les livraisons le samedi ». Ce détail factuel participe à l’examen global de la bonne foi des parties. La solution adoptée est étroitement liée aux spécificités de l’espèce. L’importance de l’écart financier, « supérieure à plus de 6.000 € », est un élément déterminant. La décision apparaît donc comme une application stricte du droit à un cas d’espèce. Elle ne remet pas en cause le principe du référé-provision mais en précise les limites. Le juge sanctionne par ailleurs les initiatives procédurales abusives par l’allocation d’une indemnité au défendeur. Cette condamnation au titre de l’article 700 du CPC rappelle que la saisine du référé doit rester pertinente. L’ordonnance maintient ainsi un équilibre entre célérité et équité dans le traitement des litiges commerciaux.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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