Cour d’appel de Lyon, le 22 juin 2011, n°10/07970

La Cour d’appel de Lyon, dans un arrêt du 22 juin 2011, a été saisie d’un appel formé contre un jugement de mise sous curatelle renforcée. Le majeur protégé est décédé en cours de procédure d’appel. Le ministère public a requis la constatation de l’extinction de l’instance. La juridiction devait donc déterminer les effets du décès de la personne protégée sur la procédure d’appel engagée contre la mesure de protection.

La cour constate l’extinction de l’instance en raison de ce décès. Elle se dessaisit et laisse les dépens à la charge du Trésor public. La solution retenue écarte toute poursuite de la procédure après le décès. Elle soulève la question de l’impact de la disparition de l’intéressé sur les voies de recours formées contre une mesure de protection juridique.

La décision illustre le principe d’extinction des instances personnelles. Elle en précise les conséquences pratiques pour le contentieux des mesures de protection.

**Le décès comme cause d’extinction de l’instance personnelle**

L’arrêt applique strictement le principe d’extinction des instances attachées à la personne. Le décès de la majeure protégée emporte disparition du sujet de droit. La cour relève que « l’instance en appel » s’éteint « du fait du décès ». Cette solution est conforme à l’article 384 du code de procédure civile. La procédure d’appel, accessoire au jugement de première instance, perd son objet. La juridiction ne peut statuer au fond sur une mesure devenue sans destinataire. Le dessaisissement de la cour en est la conséquence logique.

La portée de cette extinction mérite examen. L’instance s’éteint sans qu’il soit besoin de statuer sur le bien-fondé de l’appel. Le décès produit un effet ab initio sur la procédure en cours. Aucune décision au fond ne peut intervenir. La solution préserve la sécurité juridique. Elle évite des jugements rendus en l’absence de toute partie concernée. La cour écarte implicitement toute possibilité de substitution de parties. Le caractère éminemment personnel du contentieux de la protection justifie cette rigueur.

**Les limites d’une extinction sans règlement des frais de justice**

La décision comporte une particularité concernant les dépens. La cour « laisse les dépens à la charge du Trésor Public ». Cette solution déroge au principe de condamnation aux dépens de la partie succombante. Elle s’explique par l’extinction de l’instance avant tout débat au fond. Aucune appréciation sur les chances de succès de l’appel n’est possible. Imputer les frais à l’une des parties serait arbitraire.

Cette prise en charge par la collectivité peut être discutée. Elle neutralise les effets financiers d’un recours peut-être irrecevable ou mal fondé. Le décès intervient comme un fait extérieur aux parties. Il interrompt le processus de sanction des initiatives procédurales abusives. La solution se justifie par des considérations d’équité. Elle évite d’aggraver le préjudice des héritiers par une condamnation aux dépens. Le choix opéré privilégie la sérénité des suites du décès sur la logique contentieuse habituelle.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture