Cour d’appel de Bastia, le 25 mai 2011, n°11/00045

Un notaire et une compagnie d’assurances ont assigné une commune en responsabilité. Le Tribunal judiciaire de Bastia, par un jugement du 26 février 2009, a statué sur ce litige. Un arrêt de la Cour d’appel de Bastia en date du 12 janvier 2011 a infirmé ce premier jugement. Toutefois, le dispositif de cet arrêt contenait une erreur matérielle, mentionnant à tort la confirmation d’un jugement du Tribunal judiciaire d’Ajaccio. Saisie d’office pour rectification, la Cour d’appel de Bastia statue à nouveau le 25 mai 2011. La question est de savoir dans quelles conditions une juridiction peut procéder à la rectification d’une erreur matérielle affectant une décision déjà rendue. La Cour admet la rectification, considérant que les erreurs matérielles peuvent toujours être réparées, et substitue le nom de Bastia à celui d’Ajaccio dans le dispositif de son arrêt du 12 janvier 2011.

La décision illustre le principe de la rectification des erreurs matérielles, dont l’application appelle une analyse des conditions de mise en œuvre puis une appréciation de sa portée procédurale.

**I. Les conditions souples de la rectification des erreurs matérielles**

La Cour d’appel de Bastia rappelle le fondement légal de son pouvoir de rectification. Elle se réfère à l’article 462 du code de procédure civile et à un principe général selon lequel « les erreurs et omissions matérielles qui affectent une décision, même passée en force de chose jugée, peuvent toujours être réparées par la juridiction qui l’a rendue ». Cette formulation, reprise de la jurisprudence de la Cour de cassation, consacre un pouvoir discrétionnaire et perpétuel. La condition essentielle est le caractère purement matériel de l’erreur. En l’espèce, la Cour constate qu’il s’agit bien d’une telle erreur, le dispositif ayant confirmé par inadvertance un jugement d’une juridiction géographiquement incompétente. La rectification ne porte pas sur le raisonnement juridique ou l’appréciation des faits, mais sur une inexactitude de forme. La Cour précise que la correction s’opère « selon ce que le dossier révèle ou, à défaut, ce que la raison commande ». Cette mention souligne la souplesse de la procédure, qui peut s’appuyer sur les éléments du dossier ou sur une simple déduction logique. La saisine d’office de la Cour, intervenue après la découverte de l’erreur, démontre également le caractère d’ordre public de cette faculté de rectification. La juridiction peut agir sans requête des parties, dans l’intérêt d’une exacte transcription de sa volonté.

**II. La portée limitée d’une décision rectificative**

La portée de l’arrêt rectificatif est strictement circonscrite. La Cour ne modifie en rien le fond de sa décision initiale. Elle se borne à substituer un mot à un autre dans le dispositif, rétablissant ainsi la cohérence formelle de l’arrêt du 12 janvier 2011. La décision rectificative « sera mentionnée sur la minute et sur les expéditions de l’arrêt susvisé ». Cette formalité est essentielle pour garantir la sécurité juridique et l’authenticité des actes judiciaires. Elle évite toute confusion future quant à la juridiction dont le jugement était en cause. En laissant « les dépens à la charge du Trésor Public », la Cour reconnaît le caractère non contentieux de cette procédure de pure régularisation. Les parties n’ont pas à supporter le coût d’une erreur imputable à la juridiction. Cette solution est conforme à une jurisprudence constante qui distingue soigneusement la rectification matérielle, simple opération de correction formelle, d’une révision ou d’une interprétation qui toucherait au fond du droit. L’arrêt rappelle ainsi les limites intrinsèques du pouvoir de rectification, qui ne saurait être un moyen de réexaminer ou de modifier le sens d’une décision de justice définitive. Il assure la correction formelle de l’acte sans en altérer la substance juridique.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture