Cour d’appel de Nîmes, le 3 mars 2026, n°25/03390

La Cour d’appel de Nîmes, dans un arrêt du 3 mars 2026, statue sur un déféré formé contre une ordonnance du conseiller de la mise en état. L’affaire trouve son origine dans une vente immobilière contestée. Les vendeurs, usufruitiers et indivisaires, avaient assigné l’acquéreur en justice. Le tribunal judiciaire d’Avignon, par un jugement du 18 mars 2024, les avait déboutés de leurs demandes. Les vendeurs firent appel. En cours d’instance, le conseiller de la mise en état rendit une ordonnance le 9 octobre 2025 déclarant irrecevables certaines conclusions de l’acquéreur. Ce dernier déféra cette ordonnance. La question se pose de savoir si le défaut de diligence d’une partie dans la poursuite de la procédure peut justifier la radiation de l’affaire. La cour ordonne la radiation du rôle, estimant que le déféré manque de diligence.

La solution retenue par la cour s’appuie sur une application stricte des textes procéduraux. Elle rappelle que “la radiation sanctionne dans les conditions de la loi le défaut de diligence des parties”. Elle constate que l’auteur du déféré a sollicité un nouveau renvoi à l’audience, alors que les intimés avaient déjà reconclu. La cour en déduit un “défaut de diligences” justifiant la radiation. Cette décision illustre le pouvoir discrétionnaire du juge de la mise en état pour assurer la bonne marche de l’instance. Elle confirme la nature essentiellement sanctionnatrice de la radiation, qui “emporte suppression de l’affaire du rang des affaires en cours”. L’arrêt s’inscrit dans une jurisprudence constante sur la nécessité d’une procédure loyale et diligente.

La portée de cette décision est cependant limitée par son caractère essentiellement procédural. Elle ne préjuge pas du fond du litige relatif à la vente immobilière. La radiation n’éteint pas l’instance mais la suspend. Elle laisse la possibilité à la partie de demander sa réinscription, sous réserve de conditions. L’arrêt rappelle ainsi l’équilibre entre le droit d’agir en justice et le devoir de ne pas en abuser par des manœuvres dilatoires. Il souligne l’importance du respect des délais et des obligations de conclusion pour le bon fonctionnement de la justice. Cette solution pragmatique vise à éviter l’encombrement des rôles par des affaires inertes.

La valeur de l’arrêt réside dans sa rigueur procédurale, mais elle peut susciter une appréciation critique. La cour sanctionne un comportement qu’elle qualifie de peu diligent. Elle exerce son pouvoir d’appréciation souverain sur les faits de procédure. On peut s’interroger sur la proportionnalité de la sanction. La radiation est une mesure forte qui peut retarder considérablement le règlement du litige principal. Elle privilégie l’efficacité de la gestion du rôle au détriment du droit à un procès équitable dans un délai raisonnable. La solution se justifie par l’impératif de célérité, principe fondamental de la procédure civile. Elle sert d’avertissement aux parties sur les conséquences d’une attitude passive.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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