Cour d’appel de Lyon, le 21 mars 2011, n°09/04681

L’arrêt rendu par la Cour d’appel de Lyon le 21 mars 2011 statue sur des mesures provisoires dans le cadre d’une procédure de divorce. Les époux, mariés sous le régime de la séparation de biens, s’opposent sur l’étendue des obligations pécuniaires. Le juge aux affaires familiales avait attribué la jouissance gratuite du domicile conjugal pour un an et fixé une pension alimentaire. L’épouse fait appel pour obtenir une jouissance sans limitation de durée, une pension majorée, une provision pour frais de justice et une expertise patrimoniale. La Cour d’appel réforme partiellement la décision première. Elle retient une jouissance gratuite pour toute la procédure, majore la pension alimentaire, alloue une provision et ordonne une expertise. La question centrale est de savoir comment le juge apprécie, en phase provisoire, les besoins de l’époux créancier et les ressources du débiteur au regard du train de vie antérieur et des spécificités du régime matrimonial.

La Cour opère une appréciation concrète et globale des facultés contributives et des besoins, confirmant une approche libérale du devoir de secours. Elle relève que le mari dispose de revenus mensuels élevés, « de l’ordre de 27. 000 euros », provenant de salaires et de revenus de capitaux mobiliers. Inversement, elle constate que l’épouse « est sans revenu » mais supporte des charges fixes importantes liées à deux résidences. Le juge ne se limite pas aux seules ressources actuelles. Il prend en compte le train de vie antérieur, évoquant « le train de vie auquel elle était habituée ». Cette référence permet d’adapter la pension à un niveau de vie, non à la simple subsistance. La Cour écarte également l’argument tiré de la propriété d’un patrimoine immobilier par l’épouse. Elle estime que la consistance et la valeur réelle de ce patrimoine, potentiellement grevé de dettes, ne sont pas établies. Cette analyse justifie in fine le doublement de la pension par rapport à la première instance, fixée à 6 000 euros mensuels. L’expertise ordonnée vise précisément à éclaircir cette situation patrimoniale complexe. La solution s’inscrit dans la lignée d’une jurisprudence qui interprète largement les articles 255 et 212 du code civil. Le devoir de secours provisoire doit compenser les disparités économiques nées de la vie commune, indépendamment de la faute et du régime matrimonial.

La décision consacre une gestion prudente et équilibrée des intérêts pécuniaires par la mesure d’expertise, tout en maintenant une certaine rigueur procédurale. La Cour accède à la demande d’expertise en invoquant l’article 255 9° du code civil et l’article 1136-1 du code de procédure civile. Elle motive cette nécessité par la complexité des opérations immobilières intervenues durant le mariage et les contestations sur la consistance des patrimoines. Cette mesure proactive vise à préparer le règlement définitif des intérêts pécuniaires. Elle témoigne du pouvoir d’initiative du juge pour éclairer sa future décision. Cependant, la Cour assortit cette mesure d’une condition financière. Elle impose à l’épouse, demanderesse de l’expertise, « de faire l’avance des frais » et de consigner une provision. Cette décision équilibre le souci d’une instruction complète avec le principe de la charge de la preuve et les risques de mesures dilatoires. Par ailleurs, l’attribution de la jouissance du domicile conjugal, bien propre du mari, est maintenue à titre gratuit pour toute la procédure. La Cour en fait un « complément de la pension alimentaire ». Cette solution assure la stabilité du logement de l’épouse sans préjuger du sort définitif du bien. Elle illustre la faculté du juge à aménager des droits réels au profit d’un époux dans l’intérêt supérieur de la famille. L’arrêt démontre ainsi une volonté de protection, tempérée par des exigences de célérité et d’équité procédurale.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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