Cour d’appel de Lyon, le 1 avril 2010, n°08/08635

La Cour d’appel de Lyon, dans un arrêt du 1er avril 2010, a été saisie d’un litige entre deux sociétés commerciales liées par un mandat exclusif de vente immobilière. Le mandant avait vendu directement les biens en violation de son engagement. Le Tribunal de commerce de Lyon, par un jugement du 2 décembre 2008, avait condamné le mandant au paiement de la rémunération contractuelle forfaitaire et à des dommages-intérêts. Le mandant faisait appel en soulevant notamment l’incompétence du tribunal de commerce et l’inexécution par le mandataire de ses obligations légales. La Cour d’appel devait déterminer si la clause pénale stipulée au contrat pouvait être appliquée malgré les manquements allégués du mandataire. Elle confirme le principe de l’indemnité forfaitaire mais réforme le jugement sur les dommages-intérêts complémentaires. Cette décision précise les conditions d’exécution des mandats exclusifs et le régime des clauses pénales en cas de violation par le mandant.

**La sanction certaine de la violation d’un mandat exclusif**

La Cour écarte d’abord les moyens soulevés par le mandant pour échapper à sa responsabilité contractuelle. Elle rejette l’exception d’incompétence en relevant que « le moyen tiré de l’incompétence du Tribunal de Commerce de LYON au profit du Tribunal de Grande Instance de LYON est inopérant à ce stade de la procédure ». Elle constate ensuite la validité formelle des mandats, produits en original et portant un numéro d’enregistrement. Sur le fond, la Cour retient la violation caractérisée du mandat exclusif par le mandant, qui a vendu directement les biens. Elle souligne que « la société mandante qui n’avait pas dénoncé le mandat alors qu’elle avait la possibilité de le faire, ne pouvait reprendre sa liberté ». Le manquement du mandant est ainsi établi indépendamment des éventuels manquements du mandataire.

L’application de la clause pénale est ensuite justifiée par la Cour. Le contrat prévoyait qu’en cas de violation, le mandant verserait « une indemnité compensatrice forfaitaire égale au montant de la rémunération prévue ». La Cour valide cette stipulation en se fondant sur les articles 1142 et 1152 du Code civil. Elle estime que le premier juge a « justement fait droit à la demande en paiement de la rémunération contractuelle forfaitaire ». La clause pénale trouve ici à s’appliquer de plein droit dès la constatation de l’inexécution, sans que le mandataire n’ait à justifier d’un préjudice réel. La Cour opère ainsi une application stricte du principe de la force obligatoire des conventions.

**Le rejet des demandes indemnitaires complémentaires au nom de l’équité**

La Cour opère cependant une distinction entre l’indemnité forfaitaire et des dommages-intérêts supplémentaires. Le mandataire réclamait une somme complémentaire pour résistance abusive. La Cour écarte cette demande en relevant que « la Société AVI qui ne justifie pas d’un préjudice spécifique que ne réparerait pas l’application de la clause pénale doit être déboutée ». Cette solution respecte la fonction compensatrice et limitative de la clause pénale prévue à l’article 1226 du Code civil. La Cour refuse de cumuler la clause pénale et des dommages-intérêts, sauf à démontrer un préjudice distinct. Elle évite ainsi une sanction disproportionnée contre le mandant.

L’équité guide enfin l’appréciation des frais irrépétibles. La Cour alloue une indemnité complémentaire sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile. Elle motive cette décision en estimant « qu’il serait inéquitable cependant de laisser à la société intimée la charge de l’intégralité des frais irrépétibles exposés en cause d’appel ». Le pouvoir discrétionnaire des juges du fond est ici exercé pour corriger les déséquilibres procéduraux. Cette approche tempère la rigueur de l’application de la clause pénale. Elle montre la recherche d’un équilibre entre la sanction contractuelle et une juste répartition des charges de l’instance.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture