Cour d’appel de Rennes, le 22 septembre 2010, n°09/01728

La Cour d’appel de Rennes, dans un arrêt du 22 septembre 2010, a été saisie d’un litige entre une caisse primaire d’assurance maladie et une société. La caisse avait engagé une action en recours subrogatoire après le versement de prestations à un salarié victime d’un accident du travail. La société employeur contestait sa responsabilité et l’obligation de remboursement. Les premiers juges avaient rejeté la demande de la caisse. La Cour d’appel de Rennes a infirmé cette décision. Elle a condamné la société au remboursement des sommes versées. La question posée était de savoir si la faute inexcusable de l’employeur pouvait être retenue sur le seul fondement du manquement à une obligation de sécurité de résultat. La solution apportée affirme que “le manquement à cette obligation a le caractère d’une faute inexcusable lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié, et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver”. Cette décision mérite une analyse attentive.

L’arrêt opère une clarification notable des conditions de la faute inexcusable. Il confirme d’abord la nature objective de l’obligation de sécurité. La Cour rappelle que cette obligation impose à l’employeur de prendre toutes les mesures utiles. Elle souligne que le manquement à ce devoir constitue une présomption de faute. Cette approche facilite la preuve pour la victime. Elle s’inscrit dans la lignée des solutions antérieures de la Cour de cassation. L’arrêt précise ensuite le lien avec la conscience du danger. La formulation retenue exige que l’employeur “avait ou aurait dû avoir conscience du danger”. Ce critère mixte combine un élément subjectif et un élément objectif. Il évite ainsi une interprétation trop restrictive de la faute inexcusable. La Cour écarte toute exigence d’une intention de nuire ou d’une négligence grossière. Elle valide une conception large protectrice des salariés.

La portée de cette décision est significative en droit de la responsabilité civile et sociale. Elle renforce la protection des victimes d’accidents du travail. L’arrêt facilite l’indemnisation complémentaire prévue par l’article L. 452-1 du code de la sécurité sociale. Il aligne la jurisprudence des cours d’appel sur la position de la chambre sociale. Cette uniformisation est bénéfique pour la sécurité juridique. La solution peut toutefois susciter des critiques. Elle tend à assimiler presque systématiquement tout manquement à une faute inexcusable. Certains pourraient y voir une sévérité excessive envers les employeurs. La charge de la preuve s’en trouve substantiellement modifiée. L’employeur doit désormais démontrer qu’il ne pouvait avoir conscience du risque. Cette évolution consacre une lecture extensive des obligations de l’employeur. Elle répond à un impératif social de prévention des risques professionnels.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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