Cour d’appel de Limoges, le 25 janvier 2011, n°10/01560

La Cour d’appel de Limoges, dans un arrêt du 25 janvier 2011, se prononce sur un contredit de compétence. Une société civile de construction-vente, mise en cause devant le Tribunal de commerce de Brive, conteste la compétence de cette juridiction. Les premiers juges ont déclaré irrecevable son exception d’incompétence. Ils ont retenu l’absence de désignation expresse de la juridiction prétendument compétente. La Cour d’appel doit trancher la question de la compétence matérielle. Elle examine si une société civile peut être attraitée devant une juridiction consulaire. L’arrêt infirme le jugement déféré. Il déclare le Tribunal de commerce incompétent au profit du Tribunal de grande instance. La solution consacre le principe de la compétence d’attribution et les effets de la mise en cause.

**La régularité procédurale de l’exception d’incompétence**

L’arrêt rappelle d’abord les conditions de recevabilité de l’exception d’incompétence. Le demandeur à l’exception doit désigner la juridiction qu’il estime compétente. La Cour relève que « les simples mentions faites en première instance […] étaient insuffisantes ». Elle valide ainsi la décision des premiers juges sur ce point. L’article 75 du code de procédure civile impose une désignation non équivoque. Cette exigence procédurale protège la sécurité juridique. Elle évite les manœuvres dilatoires et garantit une administration efficace de la justice. La Cour applique strictement cette règle. Elle confirme l’approche traditionnelle de la jurisprudence.

Toutefois, la Cour admet la régularisation de l’exception en appel. La société civile désigne alors expressément le Tribunal de grande instance. Cette faculté de régularisation est conforme à l’économie générale de la procédure civile. Elle permet un examen au fond de la question de compétence. La Cour évite ainsi un déni de justice fondé sur un vice purement formel. Cette solution pragmatique sert l’objectif de bonne administration de la justice. Elle concilie rigueur procédurale et recherche du juge naturel.

**La détermination du juge compétent au fond**

Sur le fond, la Cour opère une qualification juridique de la société mise en cause. Elle constate que celle-ci est « une société civile de construction vente, qui n’est ni une société industrielle ni une société commerciale ». Son activité ne relève pas des actes de commerce. La compétence du tribunal de commerce est donc écartée. La Cour applique le principe de la compétence d’attribution. La juridiction consulaire, en tant que juridiction d’exception, ne peut connaître d’un litige impliquant une partie justiciable du droit commun. Cette solution est classique et respecte les règles de répartition des compétences.

L’arrêt tire ensuite les conséquences de la mise en cause forcée. Il pose que « l’appel en cause par le défendeur d’un tiers justiciable de la juridiction de droit commun […] doit conduire la juridiction consulaire à se déclarer incompétente pour le tout ». La connexité entre les demandes justifie cette unité de juridiction. La Cour souligne « un lien de connexité unit la demande initiale à la demande incidente ». Elle évite ainsi un éclatement du litige et des risques de contrariété de décisions. Cette approche favorise l’efficacité de la justice et l’économie procédurale. Elle assure une vision globale du différend par un même juge.

La portée de l’arrêt est significative en matière de compétence. Il réaffirme avec force le caractère d’exception de la juridiction commerciale. Il rappelle que la qualité de commerçant des parties ne suffit pas à fonder la compétence. La nature civile ou commerciale de l’acte litigieux reste déterminante. L’arrêt consolide également la jurisprudence sur les effets de la mise en cause. Il confirme que l’intervention d’une partie relevant du droit commun entraîne le dessaisissement du juge consulaire. Cette solution sécurise les règles de compétence et garantit le droit au juge naturel. Elle peut être étendue à d’autres hypothèses de pluralité de parties et de demandes.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture