Cour d’appel de Douai, le 22 juin 2010, n°08/07794

La Cour d’appel de Douai, dans un arrêt du 22 juin 2010, a été saisie d’un litige relatif à des désordres affectant une maison individuelle. Les acquéreurs avaient engagé une action en responsabilité contre les vendeurs et l’entreprise de construction. Le Tribunal de grande instance de Lille avait condamné les vendeurs à réparer le préjudice. Ces derniers ont interjeté appel. La Cour d’appel a infirmé le jugement de première instance. Elle a rejeté l’appel incident de l’entreprise. La décision soulève la question de l’application du principe de la contradiction lorsque le défendeur n’a pas comparu en première instance. Elle écarte des débats les pièces non produites contradictoirement. La solution consacre une interprétation stricte des exigences du débat contradictoire.

**I. Le strict respect du principe de la contradiction comme condition de l’examen au fond**

La Cour d’appel fait primer le respect des droits de la défense sur l’examen du bien-fondé de la demande. Les appelants n’avaient pas comparu en première instance. Ils n’ont pu débattre des pièces fondant la condamnation. La Cour rappelle que “le juge doit, en toutes circonstances, observer le principe de la contradiction”. Elle constate l’absence de production du rapport d’expertise et du devis en appel. Ces documents avaient pourtant servi de base au jugement déféré. Leur absence empêche tout débat utile. La Cour en déduit qu’elle “n’est pas en mesure de vérifier le bien fondé de la demande initiale”. Elle refuse ainsi de statuer sur le fond sans garantie d’un débat loyal. Cette rigueur procédurale protège la partie défaillante en première instance. Elle peut toutefois conduire à privilégier la forme sur le fond.

**II. Les limites pratiques d’une solution protectrice des droits de la défense**

La portée de cette décision est double. Elle affirme une exigence procédurale absolue. Le juge ne peut fonder sa décision sur des éléments non soumis à la contradiction. Cette solution est conforme à une jurisprudence constante de la Cour de cassation. Elle prévient tout risque de décision surprise. Toutefois, l’arrêt peut sembler sévère pour les intimés. Ces derniers, bien qu’assignés régulièrement en appel, ne se sont pas constitués. Ils supportent les dépens des deux instances. La Cour écarte des débats des pièces pourtant versées aux premières procédures. Elle ne recherche pas si les appelants ont pu en obtenir copie par d’autres moyens. L’équilibre entre célérité procédurale et droits de la défense est complexe. La solution retenue sanctionne l’inertie des demandeurs initiaux. Elle rappelle que la charge de la preuve incombe à celui qui agit.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture