Cour d’appel de Douai, le 20 janvier 2011, n°10/04498

La Cour d’appel de Douai, dans un arrêt du 20 janvier 2011, a été saisie d’un appel formé contre un jugement aux affaires familiales. Ce jugement avait supprimé le droit de visite et d’hébergement d’un père sur son enfant. L’appelant n’a toutefois déposé aucune conclusion après sa déclaration d’appel. L’intimée a sollicité la confirmation de la décision première et demandé des dommages et intérêts pour appel abusif. La Cour confirme le jugement entrepris et rejette la demande indemnitaire. L’arrêt pose ainsi la question de la sanction d’un appel non motivé et des conditions de l’appel abusif. Il retient que l’absence de conclusions équivaut à un appel non soutenu et que le caractère abusif n’est pas établi. Cette solution appelle une analyse de son fondement procédural et de sa portée.

**I. La confirmation nécessaire d’un jugement face à un appel non motivé**

L’arrêt rappelle une exigence procédurale fondamentale. L’appel doit être soutenu par des conclusions précisant les griefs contre la décision attaquée. La Cour constate que l’appelant n’a pas conclu après sa déclaration d’appel. Elle en déduit que “l’appel doit être considéré comme non soutenu puisque ne reposant sur aucun motif”. Cette qualification entraîne une conséquence automatique. La Cour “doit confirmer le jugement entrepris”. Le raisonnement est strictement procédural. Il évite tout examen du fond du litige familial. La solution protège l’autorité de la chose jugée en première instance. Elle prévient les recours dilatoires. La Cour applique ici une jurisprudence constante. Un appel doit être sérieusement motivé pour être examiné. Cette approche garantit une bonne administration de la justice. Elle économise le temps judiciaire. Elle respecte aussi le principe du contradictoire. L’adversaire ne peut répondre à des arguments inexistants. La confirmation du jugement devient alors la seule issue logique.

**II. Le rejet d’une demande de dommages et intérêts faute d’abus caractérisé**

La Cour écarte ensuite la demande de réparation pour appel abusif. Elle reconnaît que “l’exercice d’une voie de recours est un droit qui peut cependant dégénérer en abus”. Mais elle exige la démonstration d’un comportement fautif. L’intimée doit prouver que “l’exercice de l’appel présente un caractère abusif et vexatoire”. La Cour estime que cette preuve n’est pas rapportée. Le simple défaut de conclusions ne suffit pas à caractériser l’abus. La solution est restrictive. Elle protège le droit au recours judiciaire. Elle évite de dissuader les justiciables par la crainte de sanctions pécuniaires. L’arrêt exige des éléments concrets de mauvaise foi ou de volonté de nuire. Cette sévérité dans l’appréciation est traditionnelle. Elle concilie deux impératifs contradictoires. Elle sanctionne les abus manifestes tout en préservant l’accès à la justice. La Cour maintient ainsi un équilibre délicat. Elle refuse d’assimiler l’échec d’un recours à une faute procédurale.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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